" Un document exceptionnel, et sur le pèlerinage, et sur l’époque ". Jérôme Garcin à Denise Péricard-Méa.

L'homme à cheval sur les chemins de Compostelle, 1963

1963, l’aventure commence, 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour une aventure sans lendemain, comme pour un défi, on découvre, ils découvrent, qu’ils ont été les pionniers de la reconversion du cheval dans la société d’aujourd’hui, qu’ils ont montré le chemin à tous les pratiquants d’équitation d’extérieur.



Le blog des conseils de Pierre

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Au col de Pedraja

Une stèle à mieux comprendre

Au puerto de Pedraja, entre Villafranca Montes de Oca et San Juan de Ortega, les pèlerins peuvent voir une stèle. Peu la photographient. La date qu'elle porte, 1936, parle d'elle-même. Elle est surmontée de la représentation d'une colombe et une plaque sur une autre face porte la mention " La Palomba de la Pace ". Pourquoi cette stèle à cet emplacement ?
Un article de l'hebdomadaire l'Express du 28 novembre 2008 a apporté une réponse. Mais les choses ont changé depuis. Nous remercions les pèlerins qui nous ont fourni des informations sur ce lieu de mémoire.

23/03/2012


Témoignage paru dans l'Express en 1998

Ce 1er novembre 1998 aurait dû être une Toussaint comme les autres, brumeuse et mélancolique. Comme tous les ans, Eva Martinez, accompagnée de sa famille au complet, a fait l'ascension du col de la Pedraja. Là, au bout d'un chemin caillouteux, on a fusillé et jeté dans le fossé son grand-père Rafael Martinez Moro, au crépuscule du 3 octobre 1936. La Pedraja est une fosse commune qui ne dit pas son nom, comme tant d'autres dans le pays. 

" Toute mon enfance, on s'est arrêtés en bas du chemin. On n'osait pas monter pour déposer des fleurs ", raconte Eva. Elle se souvient de la première fois qu'elle s'est rendue sur les lieux, la trouille au ventre, avec ses parents, en 1976, après la mort de Franco. Presque en catimini, alors que, au village, ceux qui avaient appuyé le régime menaçaient: "Ne vous aventurez pas à parler..." Et puis, au fil des ans, d'autres familles se sont retrouvées là, les jours de Toussaint. Une croix a été posée, arrachée, solidement replantée, puis une stèle, autour de laquelle se rassemblent, le 1er novembre, une centaine de personnes.

Le témoignage de Christiane, pèlerine en 2010

Elle ne connaît pas exactement l'histoire, mais elle a compris :
" Jolie montée dans cette forêt pour arriver au col de Pedraja (1150m) où se dresse un monument commémoratif  de la guerre civile espagnole. Ce monument rappelle qu'ici ont eu lieu de très durs combats. Plus de 300 républicains furent enterrés en ces lieux. Ce monument a été érigé par les familles, bien après la mort de Franco. Je me recueille un instant, l'histoire de l'Espagne fait aussi partie du Chemin ".

http://www.christiane53.com

Christiane

 


La stèle en mai 2010

La photo prise par Christiane en mai 2010 montre la stèle avec une seule date :1936 et sur une autre face une plaque avec l'inscription " La colombe de la paix ".
La grande majorité des pèlerins qui passent près de cette stèle savent ce que signifie cette date, 1936, dans l'histoire de l'Espagne. Qu'une colombe invite à la paix ne les étonne pas. La stèle ne porte aucune autre mention. Pourquoi aller chercher plus loin ? Ils pensent à un monument commémoratif de la guerre civile. Au pied de la stèle, beaucoup posent une pierre, comme le petit Poucet, comme ils le font n’importe où, même sur des piquets de clôtures.
Rien ne leur dit l'histoire d'Eva et de tous ceux qui viennent là en pèlerins chaque 1er novembre. Ils passent indifférents. Les pierres posées là par le mimétisme pèlerin les enferment dans leur démarche et ne les ouvrent pas au respect des lieux qu'ils croisent. Quand ce monument sera-t-il enseveli sous l'inconscience pèlerine ?
Après tout pensent les étrangers, c'est l'histoire de l'Espagne, cela ne nous concerne pas. La plupart des Espagnols, eux savent, certains préfèrent oublier, d'autres, comme Eva et sa famille, ne le peuvent pas.

La stèle en novembre 2011

Nous avons reçu le message suivant de Jean-Marie Giethlen :

< C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu votre article sur la stèle de Pedraja. C’est avec beaucoup d’émotion et de surprise que, tout en marchant,  j’ai découvert la stèle de Pedraja à l'automne 2011.
Jusqu’ici sur le chemin je n’avait jamais découvert, ici ou là, un monument ou une stèle en souvenir des victimes du fascisme. Ce monument est bienvenu car il permet aux passants dont j’étais, de remémorer la barbarie franquiste.

J’ai constaté des travaux de terrassement au pied de la stèle qui, pour moi, devaient être destinés à l’exhumation des suppliciés, comme les autorités espagnoles l’autorisent à la demande des familles. A cet effet je vous joint quelques photos de la stèle et des travaux.
>
La stèle en octobbre 2011 (photo J-M Giethlen)
La stèle en octobbre 2011 (photo J-M Giethlen)

Une plaque commémorative

Plaque commémorative sur la stèle
Plaque commémorative sur la stèle
Ces photos plus récentes montrent que la stèle a été modifiée. Une plaque commémorative informe les passants :

« Mont de la Pedraja 1936
En ce lieu furent fusillés quelque trois cents personnes par ceux qui ont soutenu le coup d'Etat du général Franco contre la IIe République, légitimement établie qui donna lieu à la guerre civile entre les années 1936 et 1939.
Ils furent assassinés dans les premiers mois de la guerre civile pour leurs idéaux politiques et pour leur défense de la liberté.
Cet humble monument, réalisé par leurs familles servira à ce que leur mémoire ne soit jamais oubliée.
»

Dorénavant lespèlerins peuvent connaître la raison d'être de ce monument. Certes, cette histoire locale s'inscrit dans celle de l'Espagne, mais il est bon que les pèlerins sachent ce qu'est ce lieu. Qu'ils le respectent. Qu'ils puissent avoir une pensée ou une prière pour ceux qui reposent sous leurs pieds, même si, aujourd'hui, ils les étendent à toutes les victimes de la guerre civile, quelles qu’elles soient.

André Weill était passé à Pedraja en 2000

Au col de Pedraja
Il en porte témoignage dans le récit de son pèlerinage :

" Sur le bord du chemin, au cœur de la forêt des Oca, il y a une grande statue de pierre blanche. Et une inscription : “La Palomba de la Pace". Et puis aussi une date : 1936. Aujourd’hui sur le bord du chemin, je me suis assis et j’ai pleuré. Quelques vertiges et plus envie de rien. Ventre vide, estomac noué. Le sac à dos repart quand Lucie l’intuitive lui donne à boire. Descente en silence et à pas tranquilles vers le soleil et San Juan de Ortega. Au milieu d’une clairière, le monastère apparaît ".

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Denise Péricard-Méa

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