" Un document exceptionnel, et sur le pèlerinage, et sur l’époque ". Jérôme Garcin à Denise Péricard-Méa.

L'homme à cheval sur les chemins de Compostelle, 1963

1963, l’aventure commence, 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour une aventure sans lendemain, comme pour un défi, on découvre, ils découvrent, qu’ils ont été les pionniers de la reconversion du cheval dans la société d’aujourd’hui, qu’ils ont montré le chemin à tous les pratiquants d’équitation d’extérieur.



Le blog des conseils de Pierre

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Chemin d'Aroue à Ostabat au patrimoine mondial

A défaut de pouvoir proposer un chemin complet

7 tronçons du GR 65 sont inscrits au Patrimoine mondial. Il nous a semblé intéressant de faire une place particulière au 7e, le plus richement doté en « monuments associés au pèlerinage de Compostelle ». Son étude est particulièrement instructive, tant par sa situation géographique que par la façon dont il constitue un témoignage de la construction contemporaine du chemin. Tout ce patrimoine ne méritait sans doute pas d’être lié à Compostelle, mais l’inscription, même justifiée de façon bancale a parfois eu des retombées positives. Ce tronçon montre à la fois des exemples d’une utilisation intelligente de l’inscription au Patrimoine mondial et de négligence vis-à-vis de sites protégés. Enfin ce tronçon est l’amorce de ce qui aurait pu conduire à l’inscription d’un chemin transpyrénéen. Une telle inscription serait justifiée par les liens noués au fil des siècles entre le nord et le sud des Pyrénées, géographiquement différents et complémentaires, socialement semblables, tour à tour unis ou séparés par des considérations politiques étrangères à leur vie propre. Elle montrerait que les Pyrénées ont plus été un lien qu’une barrière pour les populations qui vivent à leurs pieds qui se sont enrichies de leurs échanges. Compostelle n’y est pour rien.

28/09/2009


Un tronçon de chemin et des monuments associés

Ce cavalier sur un linteau de porte signe-t-il un lien avec Compostelle ?
Ce cavalier sur un linteau de porte signe-t-il un lien avec Compostelle ?
Tronçon 7 : Aroue - Ostabat (22 km) dans les Pyrénées-Atlantiques, monuments associés, le gué de Quinquil, l’ancien hôpital Saint-Nicolas d’Harambeltz, la croix de Gibraltar et la maison Ospitalia à Ostabat.
Outre les monuments associés, d’autres lieux remarquables sont mentionnés dans le dossier de l'UNESCO, sans distinction particulière, en particulier Olhaïby, Soyarza et, aussi, Saint-Palais. La demande française s’appuyait sur les propositions du docteur Clément Urrutibehety[1], l’un des pionniers du tracé de chemins dès les années 1960. C’est lui qui a posé la croix de Gibraltar et en a fait le carrefour historique des trois chemins du Puy, de Vézelay et de Tours. Les informations sont savamment dispersées, allant jusqu’à déclarer la croix de Gibraltar « sur la voie secondaire du GR 65, de Saint-Palais à Ostabat ». De fait, la carte IGN au 1/25000 (1445 O), datant aussi de 1997 propose le tracé suivant du GR 65 : d’Aroue, il gagne Olhaïby puis Larribar-Sorhapuru et traverse la Bidouze près du hameau d’Etchartia (et non au gué de Quinquil), juste avant d’arriver à la croix de Gibraltar. Il continue par une vieille draille qui monte droit à la chapelle de Soyarza, lieu de pèlerinage à la Vierge toujours en vigueur, puis redescend vers Saint-Nicolas d’Harambeltz avant d’atteindre Ostabat. La carte IGN au 1/50000 qui accompagne le dossier reproduit exactement le même tracé. C’est à peu près le chemin utilisé aujourd’hui, qui ne passe plus par Olhaïby et toujours pas au gué de Quinquil, site associé au patrimoine de l’humanité, aujourd'hui à l’abandon. …

1] Urrutibehety, dr. Clément, Terre des Basques, terre d’accueil, éd. Association des amis du chemin de Saint-Jacques en Pyrénées-Atlantiques, Saint-Jean-Pied-de-Port, 2009.

Le gué de Quinquil

Les pèlerins venant du Puy n’empruntent pas la voie secondaire chère au docteur Urrutibehety qui les ferait passer dans son fief de Saint-Palais. On se trouve donc devant une incohérence majeure : l’UNESCO a reconnu le gué de Quinquil comme un « monument associé au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle ». Bien qu’il n’ait jamais été sur le GR 65. Le dossier affirme sur une page qu’il est « sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, GR65 », sur une autre qu’il « rend compte du chemin jacobite » et sur une autre enfin : « Le Gué de Quinquil à Behasque-Lapiste, sur la Bidouze, reste un témoin du cheminement des pèlerins de Saint-Jacques. Il est, certes, altéré et masqué par les eaux de la rivière durant une partie de l'année mais il constitue un élément rare des structures rudimentaires jetées dans les cours d'eau de Navarre ». De toutes ces affirmations gratuites reste que ce gué, déjà inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques, est aujourd’hui en voie de disparition, oublié, abandonné aux broussailles, avec des pierres bousculées par les eaux. Petit patrimoine local, il a vu passer des millions de paysans locaux et mériterait une remise en état, permettant à nouveau le passage des pèlerins d’aujourd’hui qu’on ne manquerait pas d’informer. La France s’est engagée à respecter les lieux retenus par l’UNESCO, et ce gué présente un intérêt en lui-même. Il serait bon de le replacer sur un chemin, afin qu’il retrouve une partie de son utilité première.
Le gué de Quinquil, à l'abandon, hors de tout cheminement pèlerin
Le gué de Quinquil, à l'abandon, hors de tout cheminement pèlerin

Aroue et Olhaïby

A Olhaïby, au dessus du narthex, la chambre des Benoîtes
A Olhaïby, au dessus du narthex, la chambre des Benoîtes
Les arguments qui continuent à être utilisés pour vanter les autres points de ce chemin sont tout aussi spécieux : à Aroue, « une sculpture du Santiago Matamore dans l’église Saint-Etienne » n’est qu’une sculpture représentant un cavalier dont on ne sait rien. A Olhaïby, « la petite église romane, dédiée à saint Just, semble un abri pour les pèlerins », mais toutes les églises ont servi d’abri pour les pèlerins. Il serait plus intéressant de mettre l’accent sur l’existence des benoîtes, ces femmes charitables qui recevaient les voyageurs en échange d’un logement qui existe encore et, sans doute, de quelques aumônes. La chapelle de Soyarza « avec un abri pour les pèlerins » offre certes un abri, mais il vaudrait mieux valoriser son pèlerinage à la Vierge, qui rassemble encore des fidèles lors des fêtes.

La croix de Gibraltar

Pèlerins assis sur le socle de la croix de Gibraktar
Pèlerins assis sur le socle de la croix de Gibraktar
Sur la commune de Béhasque-Lapiste, aux confins de la commune de Saint-Palais est implantée la croix de Gibraltar, dont l’intérêt est d’autant plus discutable qu’elle n’est pas protégée, ce qui contrevient aux règles de base de l'UNESCO. Voici ce qu’en dit le dossier : « La Croix de Gibraltar, stèle discoïdale, ancienne mais non datée et réimplantée récemment (1964), matérialise le carrefour des voies jacobites, et domine le quartier de Gibraltar … La croix des chevaliers de Saint-Jacques de l'Epée Rouge, le bourdon et la calebasse du pèlerin sont sculptés sur le socle récent ».
Cette croix est la matérialisation des rêves des néo-romantiques des années d’après-guerre qui croyaient aux millions de pèlerins de Compostelle marchant d’un seul pas sur des chemins tracés pour eux. Posée en 1964 par le docteur Urrutibehety, elle matérialise sa croyance personnelle, à savoir que là était le « carrefour des trois chemins de Saint-Jacques, Vézelay, Le Puy et Paris ». C’est aujourd’hui un bien modeste monument, situé à un carrefour dont le principal intérêt est la vue qu’il offre sur la draille montant à Soyarza. Y passer exige l’un de ces crochets dont le GR 65 a le secret.

Saint-Palais, hors du GR 65

La municipalité n'a pas su refuser ce pèlerin dont le chapeau a été volé ce qui le rend encore plus ridicule
La municipalité n'a pas su refuser ce pèlerin dont le chapeau a été volé ce qui le rend encore plus ridicule
Et la ville elle-même de Saint-Palais ? Elle mérite largement que le GR65 fasse pour elle un détour comme il le fait actuellement pour la croix de Gibraltar ! Malheureusement, seuls les pèlerins venant par la voie de Tours passent aujourd’hui par Garris, un quartier de Saint-Palais où, toujours selon le docteur Urrutibehety, est une maison dite Pelegrinia, peut-être une ancienne auberge. A la sortie de Garris vers Saint-Palais, un rond-point moderne a recueilli la statue monumentale d’un malheureux pèlerin qui tourne le dos à Saint-Palais… Où va-t-il, dépouillé de son chapeau qu’on lui a volé ?
Saint-Palais offre pourtant aux pèlerins un gîte magnifique, aménagé par la ville dans un ancien couvent de Franciscains et géré par l’association Saint-Jacques locale. Ce lieu pourrait devenir un point de départ qui permettrait de désengorger Saint-Jean-Pied-de-Port tout en constituant une excellente mise en jambe aux pèlerins qui commencent leur périple et leur rendrait la montée de Roncevaux moins pénible. Et ils pourraient ensuite passer par le gué de Quinquil ! Sur la carte, un quartier Saint-Jayme ne peut manquer d’intriguer : il s’agit de terrains qui ont été donnés à la ville par un Frédéric de Saint-Jayme, membre d’une vieille famille de la région. Une rue de la ville porte d’ailleurs son nom et les armes parlantes de la famille comptent bien sûr des coquilles Saint-Jacques. On pouvait les admirer dans le petit musée du pèlerinage, créé par le docteur Urrutibehety. Ce musée est aujourd’hui fermé, mais un projet de rénovation promet de le placer dans le couvent des Franciscains, ce qui permettrait aux pèlerins, même fatigués, de le visiter lors de leur étape.

Harambels, une structure de gestion originale

Sur la commune d’Ostabat-Asme, la chapelle Saint-Nicolas d'Harambels, autre « monument associé… », est présentée comme « située à la croisée des chemins compostellans », mais son intérêt réside dans le fait qu’elle est encore la propriété de quatre familles descendantes des communautés de « donats », ces frères et sœurs hospitaliers que l’on retrouve dans toute la France médiévale mais qui, au pays basque, ont survécu au-delà de la Révolution : ceux d’Harambeltz, sécularisés, ont racheté l’hôpital et se le transmettent encore, en indivision. Une association originale, groupant les familles et des intervenants extérieurs a pris en charge la restauration des bâtiments, impossible autrement. Sur le retable baroque de la chapelle, une statue de saint Jacques portant le chapeau avec la coquille et le bourdon du pèlerin sera bien propre à faire rêver les pèlerins d’aujourd’hui, quand les travaux seront terminés. Saint Jacques apparaît encore sur des panneaux de bois peint, dans le chœur, en compagnie d’autres saints. Ce lieu est également intéressant par sa situation, intacte depuis le Moyen Age, de clairière défrichée dans un environnement boisé et assez désert. Passons sur « son chrisme gravé au XIIe siècle sur le linteau de son portail d’entrée » qui reprend les idées fantaisistes évoquées dans les années 1950 par Raoul Vergez dans Le pendule à Salomon.

Ostabat, des erreurs d'évaluation

Le chemin à son arrivée à Ostabat
Le chemin à son arrivée à Ostabat
Vient enfin « Ostabat, haut lieu du pèlerinage…qui possédait autrefois plusieurs hôpitaux pouvant accueillir jusqu'à 5 000 pèlerins »… La maison Ospitalia hôpital des pèlerins, bien que ne datant que du début du XIXe siècle, renoue avec la très forte tradition hospitalière du village d'Ostabat, carrefour des trois chemins de Saint-Jacques ». Ce chiffre aberrant de 5000 pèlerins vient d’une mauvaise lecture du terme « hostau ou hostel », qui signifie à la fois « maison » et « auberge ». Reste cette maison Ospitalia, qui fut effectivement un hôpital Saint-Antoine bordant la voie romaine Bordeaux-Astorga, reconstruit au XIXe siècle et servant aujourd’hui de gîte pour les pèlerins. En conclusion, on peut dire que ce tronçon,  et les six autres reconnus comme des éléments participant au bonheur de l’Humanité, méritent d’être mieux mis en valeur qu’ils ne le sont. On peut parfaitement imaginer que des pèlerins les parcourent en quelques jours, alliant voiture et marche à pied. Ils auraient ainsi une vue d’ensemble de lieux et de paysages très différents. Grâce aux voitures, ils pourraient s’écarter un peu du GR et visiter d’autres monuments classés, etc, etc

Un complément sur le gué de Qinquil, par Philippe Pinon

Comme j'aime bien sortir des sentiers normaux et devenant très fréquentés, je m'intéresse aux anciens itinéraires, mais je constate que soit ils ont disparu recouverts par une route, soit inclus dans des propriétés, voire on a perdu la trace.
J'ai superposé une carte de l'état-Major de 1900,  établie entre 1825 et 1866, avec une carte IGN. A l'endroit du gué, il y avait un moulin, l’accès  est limité par les propriétés des deux côtés et de la ferme Trinchinia (Trinchon à l'époque), le pont de Quinquil n'existait pas et le seul pont présent était celui plus au Sud après Larribar-Sorhapuru, Etchebarnia et qui remonte vers la stèle de Gibraltar.
Donc comme je ne connais pas vraiment l'itinéraire ancien et m'imagine qu'il passait par ce gué et remontait par la D933 actuels et la D2933. Certes il serait sympathique de restaurer le gué, mais créer un itinéraire qui repasserait aux mêmes endroits, je crois cela très difficile à mettre en place.

Gué de Quinquil sur la carte d'Etat-Major de 1900
Gué de Quinquil sur la carte d'Etat-Major de 1900

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Louis Mollaret

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