Envoyer à un ami
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte

Compostelle - Cordoue

Une association née à Genève le 18 avril

Réunis à Genève les 18 et 19 avril pour réfléchir sur le thème du pèlerinage, chemin de réconciliation, une trentaine de personnes ont décidé de créer l'association Compostelle-Cordoue. Cette association oeuvrera à une meilleure compréhension inter-religieuse.

21 Avril 2009


En octobre 1987, les chemins de Compostelle ont été définis par le Conseil de l’Europe comme un symbole de la construction de l’Europe. Ils ont été choisis parce qu’ils ont été considérés comme représentatifs de l’Europe pèlerine du Moyen Age. Les routes médiévales européennes étaient en effet parcourues par de nombreux pèlerins. Tous n’allaient pas à Compostelle mais tous se dirigeaient vers un lieu saint pour rendre gloire ou remercier.
Leur ancêtre commun peut être reconnu en Abraham, le patriarche biblique, père des croyants. Le premier il s’était mis en route à l’appel de son Dieu lui demandant de se mettre en route. Ce personnage biblique fait partie de la tradition commune des trois religions monothéistes qui étaient présentes dans le sud de l’Espagne à l’époque où s’est amorcé le mouvement pèlerin vers Compostelle. Elles y ont vécu un temps en bonne intelligence et un autre itinéraire culturel du Conseil de l’Europe, Al Andalus, en témoigne, reconnaissant leur apport à l’identité européenne.

L’association Compostelle-Cordoue veut notamment créer un pont entre ces deux itinéraires, celui du pèlerinage chrétien et celui de la coexistence pacifique et de l’enrichissement mutuel de ces religions. Selon le cri des pèlerins, « Ultreia », elle invite à « aller plus loin« , à dépasser l’héritage de Compostelle, et à regarder Cordoue, ville symbole chargée d’une histoire commune aux trois religions.

La marche est aujourd’hui indissociable du pèlerinage vers Compostelle. L’association invite ses membres et sympathisants à marcher vers Cordoue. Pour certains cette marche sera symbolique. Pour d’autres elle empruntera des chemins à définir. Dans l’esprit de Cordoue, l’association souhaite que ces marches ne soient pas individuelles mais qu’elles soient le fait de petits groupes multiconfessionnels. En parcourant ensemble le chemin vers Cordoue, symbole non seulement de la coexistence des religions mais aussi de la résistance des populations musulmanes à la Reconquista - la longue reconquête de la péninsule ibérique par les souverains chrétiens - leurs membres s’enrichiront mutuellement en apprenant à se connaître.

Mais marcher vers un lieu symbolique ne suffit pas si les esprits ne sont pas éclairés. Au-delà des expériences interpersonnelles et individuelles de ces marches, l’association se propose de promouvoir des échanges plus structurés et de diffuser des résultats de recherche sur l’histoire vécue par les membres de ces religions en Espagne. Elle envisage en particulier un premier séminaire qui se tiendrait à Cordoue à la fin de l’année 2010.

L’association Compostelle-Cordoue agira soit directement soit en partenariat avec d’autres associations ou organismes qui partagent son ambition et son projet. Ceux-ci peuvent être résumés par les mots « revisiter la Reconquista ». L’Europe symbolisée par Compostelle est en effet celle qui transparaît dans le pseudo Turpin racontant la légende de Charlemagne mandaté par saint Jacques pour aller délivrer son tombeau. Aller à Cordoue, en marche pacifique, permettra d’estomper l’image du saint Jacques guerrier, tueur de Maures, au profit de celle du saint pèlerin dans laquelle peuvent plus facilement se reconnaître ceux qui cheminant ensemble veulent se reconnaître comme frères.

Lu 1406 fois


Commentaires articles

1.Posté par Delmotte le 15/09/2009 20:47
Votre discours facile me fait penser à autre chose.

Réunis à Délémont (Jura, Suisse) le 07/09/09, les évêques catholiques d'Helvétie se sont prononcés contre une consultation populaire qui vise à interdire la construction de nouveaux minarets dans la Confédération.

Pour faire simple.
Ce pays compte 7,5 millions d'habitants, dont 310.000 musulmans. Les promoteurs de la consultation tolèrent les 4 minarets déjà érigés. Ils ne veulent ni d'un 5e ni de suivants dans le paysage.
Après avoir évoqué l'intolérance (structurelle et/ou spontanée) dont les Chrétiens (assimilés aux Occidentaux) sont victimes en pays musulmans, les évêques suisses ont choisi de s'exprimer contre cette consultation anti-minaret.

Voilà un petit problème, mais symbolique et révélateur.
De nos jours, une forte proportion des Musulmans est persuadée qu'elle est agressée par les Chrétiens (assimilés aux Occidentaux). Elle est disposée à faire payer cette "agression" au prix fort… Pour eux, ça mérite une "bonne" guerre. (Dès l'origine de leur religion, ils ont eu un mot pour ça. Et il revient à la mode.)
Dans ce contexte, à quoi sert-il de vouloir leur répéter que nous sommes en paix avec eux ? C'est un message qu'ils jugent faux, profondément hypocrite.
Dans l'intérêt général, et dans l'intérêt des populations chrétiennes en Orient, nous devons sortir de notre angélisme : aux yeux d'une majorité des membres de l'Umma, il nous rend ridicules. Et nous avons des Chrétiens à protéger en Orient.

Ces Chrétiens en dhimmitude sont assez régulièrement brimés, voire pire. Dès lors, qui est notre prochain le plus proche ? Notre compassion active doit-elle s'orienter vers nos voisins Musulmans d'Occident, dont beaucoup sont agressifs envers nous ? Elle doit, au contraire, se concentrer vers nos frères les Chrétiens d'Orient.
Prenons par exemple la Turquie, pays musulman qui se prétend laïc. A-t-on chiffré (parmi d'autres exactions plus grave) les spoliations subies en Turquie, depuis 1923, par les diverses communautés chrétiennes ? Sans oublier celles du nord de Chypre.

Sans prêcher la croisade - pas du tout - je suis persuadé que chacune des concessions demandées en Europe pour les uns doit recevoir une réciprocité correcte, en Orient, pour les autres. Dès lors, il faut arrêter, rapidement, la kyrielle de nos "Munich 1938" : les chapons ne doivent pas discuter avec les coqs.

Etienne Delmotte

Compostelle, pèlerinage et société | Reconquista et Réconciliation | Pèlerins et pèlerinages | Patrimoine