" Un document exceptionnel, et sur le pèlerinage, et sur l’époque ". Jérôme Garcin à Denise Péricard-Méa.

L'homme à cheval sur les chemins de Compostelle, 1963

1963, l’aventure commence, 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour une aventure sans lendemain, comme pour un défi, on découvre, ils découvrent, qu’ils ont été les pionniers de la reconversion du cheval dans la société d’aujourd’hui, qu’ils ont montré le chemin à tous les pratiquants d’équitation d’extérieur.



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L’origine des foules de pèlerins marchant vers Compostelle

Encore en l'an 2000, il était couramment question des millions de pèlerins médiévaux. Les estimations aujourd'hui sont plus raisonnables. Un auteur récent à eu peine à rassembler des témoignages suffisants pour en dénombrer 1000. Les foules médiévales ont par contre contribué à l'aura de Compostelle.

03/07/2017


Laisser les touristes (et les pèlerins) dans l'ignorance

Il est fréquent que les guides des offices de tourisme couvrent de leur autorité l’idée de foules de pèlerins marchant vers Compostelle au Moyen Age. Les touristes les croient volontiers. Voici des réponses typiques de guides interrogés sur ce sujet :
 « Ben, puisque je vous le dis », prononcé d’un air offensé
« Il n’existe aucune preuve mais les touristes veulent entendre parler des pèlerins, alors j’en parle ».
« Nous on sait qu’il n’y avait pas de foules en route pour Compostelle, mais pourquoi détromper ces braves gens ? Il faut les laisser à leurs rêves ».
Autrement dit, le tourisme n’a pas pour vocation de diffuser le savoir ; restons entre gens instruits et laissons les ignares à leurs ignorances.
 

Parfois une réponse paraît plus riche

Un guide, interrogé par un touriste sur les foules pèlerines, se référa à l’étonnement d’un ambassadeur sarrasin du XIIe siècle devant la multitude des pèlerins se rendant à Compostelle au point d'obstruer la route. Au touriste qui, dubitatif, demanda la source de cette information, le guide cita deux ouvrages signés d’un collègue conférencier-écrivain et d’un historien de l’art espagnol. Mais ces ouvrages de seconde main avaient repris l’information sans en être la source. La véritable « source » de cette citation est l’Historia compostellana, une oeuvre écrite au XIIe siècle par des collaborateurs de l’archevêque de Compostelle Diego Gelmirez.

Que penser de cette citation de l'Historia compostellana

Cette source rapporte des paroles que personne n’a jamais pu vérifier car on ne trouve nulle part ailleurs de référence à cette affirmation. Rédigées à Santiago et non par un membre de la délégation de l’émir, elles sont sujettes à caution. On est devant un discours typique magnifiant l'importance du pèlerinage, une manière de faire de Santiago l’homologue de la Mecque pour les chrétiens européens. L’objectif principal des auteurs de l’Historia compostellana n’est ni le pèlerinage ni les pèlerins ; ils ne sont que la toile de fond. Et quand bien même ces paroles auraient été prononcées, pourquoi pas ? Si on veut les croire, il faut les considérer comme une entrée en matière utilisant le langage diplomatique ; n’oublions pas qu’il s’agit de l’ambassadeur d’un envahisseur sarrasin venu visiter celui qu’il a envahi. En aucun cas, ce dénombrement fabuleux ne doit être pris au pied de la lettre. L’Historia Compostellana reflète l’esprit d’une époque où l’archevêque Diego Gelmirez voulait faire de Compostelle l’égale de Jérusalem.
 

Une autre origine des foules pèlerines

On retrouve à plusieurs reprises ces foules pèlerines dans le Codex calixtinus, ce magnifique manuscrit du XIIe siècle conservé dans les archives de la cathédrale de Compostelle.  Mais il ne convient pas de lui accorder davantage de crédit. Compostelle fait sa publicité. N’est-elle pas la mieux placée pour le faire ? Elle est d’ailleurs bien seule, personne d’autre n’en dit mot.
Et c’est en cela que Compostelle est admirable. Depuis bientôt 1000 ans la cathédrale a réussi ce tour de force de se hisser au rang des plus grands sanctuaires, alors que tant d’autres ont dépéri et disparu. Connu dans toute l’Europe il a alimenté les rêves de nombreux hommes et femmes habitués à prier saint Jacques dans des petits sanctuaires bien plus proches et qui se faisaient « pèlerins de Saint-Jacques » sans avoir besoin d’aller jusqu’en Galice. Ils se mêlaient alors aux « foules pèlerines » qui marchaient sans cesse sur les routes vers des sanctuaires locaux, à des distances ne demandant qu’un ou deux jours d’absence. Ce sont les pèlerins d’aujourd’hui qui réalisent pour eux le grand pèlerinage à Compostelle

Les foules pèlerines dans le Codex clixtinus

Dans le Livre I, les foules sont très longuement décrites dans le long sermon Veneranda dies :
« Là viennent les peuples barbares et civilisés des régions du globe, à savoir les Francs, les Normands, les Écossais, les Irlandais, les Gaulois, les Teutons, les Ibères, les Gascons, les Bavarois, les Navarrais impies, les Basques, les Provençaux, les Garasques (tarasque ?), les Lorrains, les Goths, les Angles, les Bretons, les Cornouaillais, les Flamands, les Frisons, les Allobroges, les Italiens, les Pouilleux, les Poitevins, les Aquitains, les Grecs, les Arméniens, les Daces, les Norvégiens, les Russes, les Georgiens, les Nubiens, les Parthes, les Romains, les Galates, les Éphésiens, les Mèdes, les Toscans, les Calabrais, les Saxons, les Siciliens, les Asiates, les Pontiques (Pont-Euxin, la mer Noire), les Bithyniens, les Indiens, les Crétois, les Jérusalemois, les Antiochiens, les Galiléens, les Sardes, les Chypriotes, les Hongrois, les Bulgares, les Esclavons (slaves), les Africains, les Perses, les Alexandrins, les Égyptiens, les Syriens, les Arabes, les Coloséens (colossiens), les Maures, les Éthiopiens, les Philippiens, les Cappadociens, les Corinthiens, les Élamites, les Mésopotamiens, les Libanais, les Cyrrhénéens, les Pamphiliens, les Ciliciens, les Juifs et d’autres peuples innombrables. Toutes les langues, tribus et nations tendent vers lui ».
Cette énumération étonnante est copiée dans les Actes des apôtres (2, 7-11) selon une coutume classique au Moyen Age. L’auteur y a ajouté les peuples nommés dans la Bible et les peuples connus au XIIe siècle. La dernière phrase est copiée de l’Apocalypse (7, 4 et 9) : « après cela je vis une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues ».
 
Dans le Livre IV dit chronique de Turpin, lorsque saint Jacques demande à Charlemagne de venir délivrer son tombeau il lui promet : « et après toi, tous les peuples de l’une à l’autre mer y viendront en pèlerinage… Ils y viendront depuis le temps de ta vie jusqu’à la fin des temps ».
 
Dans le Livre V connu sous le nom de guide du pèlerin : « Tous les peuples étrangers, venus de toutes les parties du monde, accourent ici en foule ».
L’image des foules de pèlerins prend sa source dans cette vision de la cohorte des Elus. Par une série d’autres emprunts faits à l’Apocalypse, Compostelle se présente, d’une manière générale, comme la nouvelle Jérusalem, l’image terrestre du Paradis où entreront tous les pèlerins.

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Denise Péricard-Méa

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