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La CompostelliteLa maladie de ceux qui voient Compostelle derrière chaque coquille.Le pèlerinage à Compostelle est un phénomène de société. Il répond a un immense besoin de nos contemporains. Mais la publicité faite à son sujet occulte sa véritable histoire et rapporte tout à Compostelle au risque de faire friser le ridicule à beaucoup.21 Juin 2009
La maladie a son origine dans l’édition, en 1882, du dernier Livre du Codex Calixtinus, manuscrit du XIIe conservé à la cathédrale de Compostelle. Cette édition fut le prélude de la publicité contemporaine faite à ce sanctuaire, intensifiée à partir de 1884 par la reconnaissance des restes de saint Jacques par le pape Léon XIII. Le virus a été inoculé par deux intellectuels incontestés, Joseph Bédier en littérature médiévale et Emile Mâle en l’histoire de l’art ont donné une importance exagérée à Compostelle. Mais, le virus ne serait jamais sorti des milieux intellectuels sans l’enthousiasme du marquis René de Grâce à lui, nos contemporains entendent parler de Compostelle et beaucoup croient qu’on y vénère un saint Jacques-de-Compostelle, comme on vénère un François-d’Assise ou une Thérèse-de-Lisieux. Il a en effet vu en Compostelle l’unique lieu des dévotions à l’apôtre Jacques le Majeur, négligeant les nombreux sanctuaires qui lui étaient dédiés ailleurs, en France et en Europe. Le plus bel exemple en est la tour Saint-Jacques à Paris, clocher d’une église qui abritait des reliques de saint Jacques et où le roi Charles VI vint en pèlerinage. Dès 1965 il la définit comme « la première borne haute de cinquante-huit mètres qui marque le point de départ vers Compostelle ». Il fait offrir par l’Espagne à la ville de Paris une plaque de marbre qui devrait aujourd’hui être dans un musée et non sur le soubassement de la tour restaurée car elle induit en erreur des milliers de touristes et de pèlerins. En effet, aucun historien sérieux n'a jamais trouvé de document attestant des rassemblements de pèlerins en partance pour la Galice à Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Dans la foulée toutes les églises, hôpitaux, chapelles vouées à saint Jacques furent transformés à leur tour en balises sur des chemins. Ainsi fut tracé un chemin au départ du Puy au début des années 1970.
L’exploitation politique de Compostelle faite par le Conseil de l’Europe à la demande de l’Espagne en 1987 donna une nouvelle dimension à la publicité pour le pèlerinage. La décision de faire des chemins de Compostelle le premier Itinéraire Culturel Européen mérite quelques explications. C'est au printemps 1982 que le président d'une association galicienne demande au Conseil de l'Europe de reconnaître le chemin de Compostelle comme "bien commun européen". La Commission de la Culture du Conseil de l'Europe remet un rapport en 1984. Elle reconnaît la place exemplaire de compostelle parmi les sanctuaires de pèlerinage européens mais recommande une action prenant en compte tous les sanctuaires, significatifs du mouvement pèlerin au Moyen Age. Mais, ni les autorités espagnoles, ni les associations créées dans divers pays européens à l'instigation de René de La Coste-Messelière ne pouvaient se satisfaire de cet élargissement. Un intense lobbying et l'appui des fonctionnaires espagnols du Conseil de l'Europe emporta la décision en faveur de Compostelle.
En 1993, l'UNESCO inscrivait le Camino francés et 1800 monuments espagnols au patrimoine Mondial. Cinq ans plus tard, la France obtenait à son tour l'inscription de 71 monuments et 7 tronçons de chemin "au titre des chemins de Compostelle". Depuis, l’UNESCO laisse graver dans le marbre que « les chemins de Compostelle en France sont classés au Patrimoine Mondial ». C'est in fine une des plus graves manifestations de la maladie. Le prestige culturel de l'UNESCO lui sert de vecteur efficace. Elle encourage toutes les exagérations. Un des exemples les plus significatifs est le film Le prix de la foi qu’un producteur espagnol a vendu à ARTE en décembre 2005 comme documentaire alors qu’il s’agissait d’une docu-fiction bâtie de bric et de broc à la gloire de Compostelle. La direction de la chaîne a fait confiance. Mais en ce qui concerne l'histoire de Compostelle, il faut faire confiance qu'aux vrais professionnels et ils sont peu nombreux. il faut surtout se méfier de tout ce qui vient de l'Espagne.
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Louis Mollaret
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