Ils ne peuvent pas faire le Camino Frances, ni le Camino Ingles, ni aucune autre route similaire à cause de la distance ; pourtant les Galiciens émigrés en Argentine et leurs descendants ne laissent pas, pour autant, passer la célébration de l’Année Sainte. Tandis qu’en Galice, les célébrations jacobéennes affichent toute leur splendeur au cours de l’été, au pays austral, c’est en janvier qu’on rend hommage à l’Apôtre Jacques.
Il y a quelques jours en effet, la confrérie - dont le siège se trouve sur la côte, à Villa Gesell - a donné le départ des festivités. Le 25 janvier équivaut en effet, dans le calendrier austral, au 25 juillet en Galice. C’est ainsi que, pendant quelques jours, on fête l’Apôtre saint Jacques à l’autre bout du monde. Depuis 1996, cette célébration reproduit, à une échelle plus modeste, pratiquement l’ensemble du rituel de Compostelle, avec le botafumeiro, le pèlerinage le long de la plage et l’embrasement de la façade de l’église.
Villa Gesell devient alors un véritable foyer touristique. On s’y repose, en cet été austral, de l’activité quotidienne de Buenos Aires, la capitale située à 400 km. Villa Gesell possède une église consacrée à saint Jacques, mais qui n’est pas totalement achevée. On a prévu en effet d’y ajouter un portail qui serait une réplique du chef d’œuvre roman de la cathédrale de Santiago avec les statues des douze apôtres. Le botafumeiro qu’on utilise lors des festivités a été réalisé de manière artisanale ; il comporte une centaine d’orifices par lesquels s’échappe l’encens. Il n’est pas en argent mais en fer et pèse 120 kilos. Il peut être manié par seulement trois tiraboleiros. Cette année, on l’a activé sur les accords du Messie, un opéra de Haëndel.
José Roméro, président de l’Association « Saint Jacques Apôtre » de Villa Gesell, explique que la célébration est réalisée dans le même esprit que celle de Galice, avec quelques « petites différences » néanmoins : la musique qui accompagne symboliquement les actes religieux n’est pas tout à fait identique à celle de Compostelle ; elle comporte en effet des relents de gaitas et de flamenco. Parce qu’en Argentine, on confond ce qui est typiquement galicien avec ce qui vient d’Espagne plus généralement. A Villa Gesell, on trouve en effet toutes les communautés venues de la péninsule, et donc toutes les spécialités gastronomiques, depuis la cuisine galicienne jusqu’à une cuisine plus « internationale » qui propose paëlla ou steak de chorizo. Tout comme en Galice, la nourriture tient une place importante dans la fête ; c’est pourquoi les plats typiques sont très appréciés des touristes.
Villa Gesell constitue l’épicentre argentin du culte à l’Apôtre saint Jacques. C’est le seul endroit où l’on trouve une confrérie Saint-Jacques. Mais les adeptes de saint Jacques sont nombreux dans le reste du pays.