" Un document exceptionnel, et sur le pèlerinage, et sur l’époque ". Jérôme Garcin à Denise Péricard-Méa.

L'homme à cheval sur les chemins de Compostelle, 1963

1963, l’aventure commence, 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour une aventure sans lendemain, comme pour un défi, on découvre, ils découvrent, qu’ils ont été les pionniers de la reconversion du cheval dans la société d’aujourd’hui, qu’ils ont montré le chemin à tous les pratiquants d’équitation d’extérieur.



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Les fêtes solennelles de saint Jacques

La plupart des confréries vénérant saint Jacques étaient sans rapport direct avec le pèlerinage à Compostelle. Certaines confréries de pèlerins acceptaient parfois des personnes qui n'avaient pas fait le pèlerinage. A côté d'elles, il y avait des confréries de métiers ou des confréries de simple dévotion. Mais quelles qu'elles soient, elles participaient toujours à l'organisation des festivités religieuses ou civiles de la fête de saint Jacques.

19/07/2016


Sous la bannière de saint Jacques

L’organisation comprend toujours une messe solennelle le jour de la fête, avec des messes la veille ou le lendemain, voire les deux, une procession et la vénération des reliques. Elle est assez semblable d’une confrérie à l’autre tout en comportant des variantes locales.
 A Montpellier, la fête commence la veille, par une procession suivie des vêpres. Cette procession a pour but d’apporter solennellement les insignes à la chapelle de la confrérie, avec torches et bannières. Elle est suivie par les confrères au grand complet. Elle mène de la maison du bâtonnier jusqu’à l’église Saint-Jacques où est dite une messe. Ensuite, un grand repas est organisé par les prévôts. Ce jour, chacun doit avoir un pauvre, sans doute choisi à l’hôpital, auquel il donne 4 deniers. On procède ensuite à l’élection de 3 prévôts et 3 conseillers. Le lendemain de la fête, chacun doit encore assister à une messe dite pour les morts.
Pour les confréries de Nîmes, Bar-sur-Aube et Bagnères-de-Bigorre, le jour de fête s’ouvre par une messe accompagnée d’un sermon, sur lequel elles insistent. Elle est obligatoire.
A Bourges cette messe, dite dans la chapelle des Augustins habituellement privée est ouverte à tous. La communauté de métier, « maîtres, femmes, serviteurs, apprentis », partage ensemble ce moment de piété où tous se trouvent sur le même plan pendant un court instant.
 
La procession suit généralement la messe. Les confrères sont précédés de tout un déploiement d'apparat. La procession d'Angers est particulièrement facile à suivre grâce à un inventaire de tous les « joyaux » de la confrérie. En tête marche le « porte-guidon et enseigne », cette enseigne où figure saint Jacques. Il est suivi du bâtonnier, chargé du « bâton pastoral d'argent doré » puis du porteur de la « bannière de taffetas vert enrichie d'orfèvreries ». Vient ensuite le « patron » tenant en sa main « la masse de bois doré au bout de laquelle a un saint Jacques ».
 
 
Banière de confrérie, musée d'Avignon
Banière de confrérie, musée d'Avignon

Généralement immuable, le trajet de la procession implique de quitter l’enceinte close de l’église pour parcourir un chemin, circulaire ou en ligne droite, de longueur et de forme variables selon les lieux. Le plus court est celui de Bagnères où la procession ne fait que le tour de l’église. A Saint-Jacques de la Boucherie de Paris, la procession fait un grand tour de paroisse. Au Mans, c'est à la chapelle « Monsieur Sainct Jacques de Bouchediaigue » que se célèbre la messe du 1er mai, au confluent de la Sarthe et de l'Huisne, au sud de la ville, au terme d’une longue procession partie du centre de la ville. A Angers, les confrères partent du siège de leur confrérie, passent par le tombeau de saint Jacques à Saint-Maurille, s’arrêtent à la chapelle Saint-Jacques-de-Fallet, dite aussi Follet et gagnent « l'église Saint-Jacques hors les murs », au sud-est de la ville.
A Béthune, c'est le siège même de la confrérie de pèlerins qui se tient à la chapelle Saint-Jacques-du-Rivage, située au nord-est de la ville, au bord de l'Aire.
 La lumière revêt partout une importance extraordinaire. Quantité et qualité sont minutieusement précisés par la confrérie. A Montpellier, les confrères suivent chacun avec un cierge blanc. A Béthune en 1439 les confrères portent « six cierges, chacun pesant six livres de cire » à leur chapelle Saint-Jacques du Rivage pour les allumer « les nuits saint Jaque aux vêpres et le jour ». Une chandelle est offerte chaque année lors de la procession du jour de la Fête-Dieu, en mai, par « ceux qui dernièrement sont retournés du pèlerinage de Saint Jacques en Galice ». Cette lumière est présente aussi à Lisieux, où l’église est illuminée de 21 torches portées par les confrères. Chaque messe doit être dite à la lueur de deux cierges et deux torches posées sur l’autel. A Blois en 1396, chaque confrère a son cierge lors de la procession, puis « tous les cierges après la procession seront allumés à l'entour du chœur durant les services du jour et du lendemain ». A Angers les confrères doivent « porter en la main un cierge planté en un petit bourdon ».
Aucune procession n’est silencieuse. Partout, comme à Bagnères-de-Bigorre, les prêtres « chantent les répons accoutumés et les oraisons », suivis par les voix des fidèles. Lorsque la confrérie est plus riche elle engage comme à Auxerre, des maîtres-joueurs d'instruments qui accompagnent les cérémonies « la veille à vêpres » et le jour « la messe et vêpres » ainsi que la procession. Ils donnent aussi « aubades et réveils ». A Chalon, des ménestrels sont payés pour jouer la veille et le jour de la fête.
 
Les processions sont indissociables des mystères joués çà et là, souvent même à l’intérieur des églises. Ce sont des mystères mobiles, joués par des acteurs costumés que l’on retrouve dans plusieurs confréries, et dont il ne subsiste aucun texte, à tel point qu’on peut se demander si les représentations ne comportaient pas une part d’improvisation.

 
Grande procession de Saint-Jacques aux pèlerins à Paris (estampe du musée Carnavalet)
Grande procession de Saint-Jacques aux pèlerins à Paris (estampe du musée Carnavalet)

Saint Jacques en personne semble présider aux fêtes qui l’honorent dans une spontanéité parfois difficile à encadrer. En 1578 à Provins, les confrères sont costumés « en la manière et façon de Jésus-Christ et ses douze apôtres… ayant sur leurs têtes perruques de cheveux et barbe au visage telles que jadis les portaient Notre Seigneur et ses apôtres… nus pieds, revêtus d’une longue robe de pourpre qui descend jusqu’à la cheville, tenant en sa main un monde ». A Aire-sur-la-Lys en 1524, saint Jacques est monté sur un cheval blanc et porte un étendard « pour marque des anciennes victoires remportées autrefois ... contre les Infidèles. Ces processions dégénèrent parfois, au grand scandale de l’Eglise. A Angers au XVIe siècle encore, « la procession de saint Jacques se faisait avec beaucoup d’appareil : on y représentait les Anges, les apôtres et les démons.
« Mais il arriva que ceux qui étaient vêtus en démons et conduits dans un chariot, passant auprès d’une boutique où il y avait bien des gens assis pour voir le spectacle enlevèrent une fille et la fouettèrent scandaleusement à la vue de tout le monde, ce qui les fit supprimer ».
Ces comportements sont bien connus des spécialistes du théâtre médiéval. En effet, le public des processions est un acteur tellement impliqué dans le jeu qu’il s’opère une fusion totale entre spectacle et réalité.
A Béthune en 1502 la ville fait don de 40 sous aux confrères de Saint-Jacques pour les aider « à supporter les frais et mises par eux soutenus à avoir joué la vie dudit saint » et en 1503 paie « l’habillement pour le jeu de la vie de monseigneur saint Jacques qu’au nombre de XXIII ils représentaient ». A Angers un parc de jeux est installé place de la halle, avec des gradins et un entrepreneur s'occupe spécialement des « jeux Saint Jacques » au cours desquels « l'artillerie et les canons de la ville … tirent et sonnent ».


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Denise Péricard-Méa

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