" Un document exceptionnel, et sur le pèlerinage, et sur l’époque ". Jérôme Garcin à Denise Péricard-Méa.

L'homme à cheval sur les chemins de Compostelle, 1963

1963, l’aventure commence, 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour une aventure sans lendemain, comme pour un défi, on découvre, ils découvrent, qu’ils ont été les pionniers de la reconversion du cheval dans la société d’aujourd’hui, qu’ils ont montré le chemin à tous les pratiquants d’équitation d’extérieur.



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Nouveau regard sur le Codex calixtinus

Auteur de la seule traduction en français du Codex calixtinus, Bernard Gicquel propose dans cet article une vision nouvelle du manuscrit de Compostelle. Il serait la dernière version d'une longue série de compilations dont les manuscrits de Ripoll et Alcobaça ne seraient pas des copies mais des antécédents.

09/12/2013


Une lettrine qui informe sur le contenu de l’ouvrage

Première lettrine du Codex calixtinus
Première lettrine du Codex calixtinus
Le manuscrit qui contient le Livre de saint Jacques, fournit des indices évitant des erreurs dommageables à son interprétation. Par l'initiale du texte, le C de Calixtinus, il nous montre l'auteur en copiste qui, selon l'usage, tient dans sa main droite la plume et dans sa main gauche le couteau qui lui sert de grattoir. Il est revêtu de la mitre et de la dalmatique, qui font de cet acte de rédaction une cérémonie quasi-liturgique. Enfin il est assis sur une tour qui est, selon l'usage médiéval, le lieu de la bibliothèque. L'image gracieuse est là pour faire entendre que le contenu de l'ouvrage est une connaissance encyclopédique issue de la source de tout savoir.

Un lectionnaire

 Le livre lui-même confirme par son découpage en chapitres et l'usage de tables des matières qu'il constitue effectivement un ensemble documentaire relatif à saint Jacques et à son culte. Le discours qui est tenu dans sa lettre-préface dit très expressément que l'ouvrage est conçu comme un lectionnaire, c'est-à-dire un recueil de lectures à faire en public, à un clergé régulier vivant en communauté à l'instar des évangiles et épîtres. Il précise où (église ou réfectoire) et quand (c'est-à-dire à quel moment de l'année liturgique) ces lectures doivent être faites.

Un livre qui n’est pas ordinaire

Il résulte clairement de ces déterminations que le Livre de saint Jacques n'est pas un livre ordinaire, au sens où l'on entend communément ce terme aujourd'hui comme désignant un ouvrage composé par un auteur conformément à une idée initiale qu'il s'en est faite, mais un recueil de textes hétérogènes réunis en vue de servir à une fin nouvelle. C'est ce que l'on reconnaît généralement en le rangeant dans la catégorie des compilations. A vrai dire le terme ne doit pas être compris ici trop simplement, car le Livre de saint Jacques est en réalité une compilation de compilations. Il consiste en une réunion de recueils qui ont déjà avant lui rassemblé des textes relatifs à saint Jacques. Sa tâche propre consiste donc à proposer une synthèse globale de synthèses partielles qui l'ont précédée. Ainsi les cinq livres qui le constituent, — Livre I : Sermons et offices ; Livre II : Miracles ; Livre III : Translations et Célébrations ; Livre IV : Histoire de Charlemagne et de Roland ; Livre V : Guide du Pèlerinage — ne doivent-ils pas être considérés comme les chapitres d'un livre qui se proposerait de mener peu à peu et continûment son lecteur d'un point de départ à un point d'arrivée mais comme des classifications destinées à imposer un ordre relativement satisfaisant à une matière foisonnante.

Une constitution progressive

Cet ordre n'a pas été imposé de but en blanc par un dernier rédacteur, mais il s'est constitué par la mise en place de trois compilations préalables, une compilation centrale largement répandue sous le nom de Livre des Miracles de saint Jacques qui contient déjà les contenus des Livres II, III et IV, et deux compilations collatérales : le Livre I et le Livre V. A la différence de la partie centrale qui forme le noyau du recueil, les deux parties collatérales ne sont pas connues en tant que telles sous une forme indépendante du Codex Calixtinus, mais elles sont ébauchées dans le manuscrit d'Alcobaça pour les sermons du Livre I et dans le manuscrit de Ripoll pour le guide du Livre V. Faute de posséder en dehors du Codex Calixtinus une collection des sermons et une version du guide identiques, on ne peut affirmer que la synthèse globale qu'il propose a seulement consisté à copier à la suite ces synthèses partielles.
En effet, le rapprochement du recueil de sermons destiné à former le Livre I et du Livre des Miracles qui fournit la matière des trois Livres suivants a eu une conséquence inattendue sur la disposition de l'ensemble. Le Livre des Miracles comporte naturellement ses trois composantes dans l'ordre suivant : Translations et Célébrations, Miracles, Histoire de Charlemagne et Roland. Cet ordre a été modifié lors du réemploi de ces textes dans le Codex Calixtinus, puisque les Translations et Célébrations y figurent entre les Miracles et l'Histoire de Charlemagne et Roland. Cette modification n'est pas seulement d'ordre technique, elle répond à un changement de préséance et à une autre époque de rédaction. Alors que l'intérêt principal des Livres des Miracles réside dans les Translations et Célébrations qui fondent la primauté de Compostelle, le Codex Calixtinus atteste avec vigueur que l'essentiel est désormais dans la prédication.
Il instaure, ce faisant, une répartition locale des discours pieux en distinguant au moyen d'un chrisme, d'une part ceux qui doivent être prononcés dans l'église et ceux qui se trouvent relégués dans les réfectoires. Jusque là tout va bien, dans le principe. Dans la réalisation, les choses se gâtent, parce que le chrisme destiné à marquer la limite des textes à lire dans l'église figure à la fin du recueil des miracles. Il en résulte une conséquence inattendue, dont les copistes ne se sont pas avisés, c'est que les textes relatant la Translation du saint dont le corps repose sous le maître-autel ne doivent plus être lus dans le chœur mais seulement dans le réfectoire. Il y a là une incongruité qui ne peut être délibérée mais est aisément explicable par le fait que la copie du Codex Calixtinus a été effectuée sur un manuscrit du Livre des Miracles qui comportait déjà ce chrisme après les Miracles, mais ceux-ci en seconde position après les Translations et Célébrations. Cette conséquence involontaire et fâcheuse montre bien combien sont fragiles les discours sur la parfaite rationalité du Livre de saint Jacques qui est certes une collection ordonnée mais qui n'évite pas les écueils inhérents à son mode de production.

Un projet de Pierre de Poitiers réalisé par Béranger de Landorre

Sans doute est-il la mise en œuvre d'un projet conçu initialement par Pierre de Poitiers, abbé de Saint-Martial de Limoges, entre 1156 et 1161, et énoncé par lui dans la lettre-préface imputée au pape Calixte. Ce projet est de réunir à l'ensemble documentaire issu de Compostelle — Translations et Célébrations, Miracles et Histoire de Charlemagne et Roland — d'une part une collection de sermons anciens empruntés au célèbre homéliaire de Paul Diacre et rapportés à saint Jacques, d'autre part un certain nombre de sermons attribués au pape Calixte. Pierre de Poitiers meurt avant d'avoir réalisé autre chose que le Livre des Miracles. Celui-ci sera géré à titre posthume par l'abbaye de Vézelay, devenue indépendante de Cluny en 1162, qui le remettra à Compostelle où des exemplaires seront copiés à l'intention des riches pèlerins qui les remporteront en souvenir. Certains développements annexes de l'Histoire de Charlemagne et de Roland y seront rassemblés pour former une première version du Livre V devenu le Guide du pèlerin, tandis que l'importance croissante des Dominicains, fondés au début du XIIIe siècle, suscitera l'adjonction d'abord des sermons rédigés par Pierre de Poitiers et non diffusés jusqu'alors, puis leur insertion parmi les sermons anciens de l'homéliaire de Paul Diacre. La fusion des diverses compilations de textes en fonction de l'expérience acquise lors des diverses tentatives précédentes (Alcobaça, Ripoll) dans le cadre du Codex Calixtinus sera vraisemblablement le fait de l'archevêque français de Compostelle, Béranger de Landore, dans les premières décennies du XIVe siècle.

Un livre-reliquaire ?

Couverture de la traduction de Bernard Gicquel
Couverture de la traduction de Bernard Gicquel
Le caractère clérical et ecclésiastique d'une réalisation destinée à être l'ouvrage de référence sur saint Jacques à l'intention des cloîtres et des monastères n'est pas douteux. Compte tenu de la façon dont il a été élaboré à partir de textes antérieurs ce manuscrit pourrait être considéré comme un «  livre-reliquaire ».

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Bernard Gicquel

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