" Un document exceptionnel, et sur le pèlerinage, et sur l’époque ". Jérôme Garcin à Denise Péricard-Méa.

L'homme à cheval sur les chemins de Compostelle, 1963

1963, l’aventure commence, 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour une aventure sans lendemain, comme pour un défi, on découvre, ils découvrent, qu’ils ont été les pionniers de la reconversion du cheval dans la société d’aujourd’hui, qu’ils ont montré le chemin à tous les pratiquants d’équitation d’extérieur.



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Saint Jacques Matamore

Une représentation espagnole

Tous les pèlerins connaissent la statue de saint Jacques à cheval du transept nord de la cathédrale de Compostelle. Les plus anciens se rappellent que son cheval piétine des Maures. Les plus récents ne les voient plus car ils sont maintenant cachés en permanence par des fleurs. Mais d'où vient ce qualificatif de Matamore ?

09/12/2010


Une image née dans le ciel de Clavijo

La date de l’apparition du qualificatif « matamore » (tueur de Maures) attribué à saint Jacques est actuellement inconnue et sans doute beaucoup plus tardive qu’on ne le pense souvent. Les dictionnaires espagnols ignorent Santiago matamoros et les français voient dans le mot un emprunt à l’espagnol Matamoros, « tueur de Maures », formé à partir de mata, « tuer » et Moros, pluriel de Moro, « Maure ». Il est présenté comme le nom d'un faux brave de comédie qui se vante constamment de ses exploits contre les Maures. L’expression remonterait au mieux à la fin XVIe siècle. Aucune recherche textuelle ne semble avoir été faite en Espagne à ce sujet.
C’est seulement au travers des représentations iconographiques qu’on peut observer la création de ce saint combattant. C’est en Espagne, au début du XIIe siècle, que le saint apôtre pêcheur se double d’un preux chevalier venant au secours des armées chrétiennes. Il apparaît dans le ciel, monté sur un cheval blanc, armé d’une épée et déployant un grand étendard. Une chronique espagnole du XIe siècle (Historia Silense) place cette première apparition au IXe siècle, lors de la bataille de Clavijo près de Logrono, engagée pour mettre fin à l’envoi annuel de 100 jeunes filles aux harems de Cordoue. Saint Jacques promet au roi Ramire de lui assurer la victoire. Vers 1130, dans le miracle XIX du Livre des miracles de saint Jacques, saint Jacques lui-même se présente, annonçant la victoire de Coïmbra (1064) :
« Je suis chevalier du Christ, secoureur de chrétiens… je marche en tête des armées chrétiennes contre les Sarrasins… ».
En 1175, les statuts de l’Ordre de Santiago montrent également le saint patron comme un pourfendeur d’Infidèles, selon les paroles du pape Alexandre III demandant aux chevaliers « qu'ils participent à la défense de la chrétienté et fassent la guerre aux Sarrasins… ». La bannière des chevaliers porte le saint cavalier brandissant son épée. Jusque là, aucune représentation iconographique ne le montre piétinant des Maures.


Les Maures ne sont pas les premiers aux pieds du cheval

Les vierges sauvées à Clavijo remercient saint Jacques
Les vierges sauvées à Clavijo remercient saint Jacques
Au XIIIe siècle apparaissent des personnages autour de son cheval au galop, mais il ne les écrase pas : il semble qu’il s’agisse des jeunes chrétiennes sauvées des harems. Tel est le sujet d’un bas-relief d’un tympan du premier cloître de la cathédrale, surmontant la porte d’entrée à l’église (ce tympan est aujourd’hui visible dans le bras sud du transept où il a été transporté lors de la construction du cloître gothique).

Daté de 1326, sous l’épiscopat de Béranger de Landore, des personnages foulés aux pieds du cheval apparaissent pour la première fois dans le nouveau cartulaire de la cathédrale, le Tumbo B. Mais un examen attentif montre que les suppliciés ne sont pas des Maures, mais des chrétiens. L’éminent historien de l’art Sérafin Moralejo a émis l’hypothèse très vraisemblable qu’il s’agit là des bourgeois de Compostelle révoltés contre Béranger de Landore et exécutés par ce dernier, selon ce qui est rapporté dans les Hechos de ce même archevêque.

Une image à la gloire de l'Ordre de Santiago ?

Première représentation du Matamore à Cacem au Portugal
Première représentation du Matamore à Cacem au Portugal
Vers 1330 apparaissent enfin les fameux Maures vaincus, dans un haut-relief de l’église Santiago de Cacem, dans l'Alentejo portugais, possession de l’Ordre de Santiago du Portugal. On y voit trois musulmans fuyant à cheval tandis que le cheval de saint Jacques en piétine trois autres.  Dans le même temps (après 1300), la fausse bulle Regis Aeterni, datée de 1179 et rappelant la fondation de l’année jubilaire est ornée d’une lettrine sur laquelle saint Jacques à cheval, brandissant étendard et épée, piétine avec entrain une armée de Maures en déroute. Il en existe quelques représentations au XVe siècle en Espagne.
L’image traverse l’Atlantique avec les Conquistadors et saint Jacques devient le MataIndios. Il aide encore à l’extermination des Protestants dans le ciel d’Anvers en 1585. Aux XVIIe et XVIIIe siècles l’iconographie devient plus abondante, en Espagne. On la retrouve dans les Flandres, en Allemagne, en Sicile mais elle reste pratiquement absente en France.

Matamore un surnom de comédie

Publication défendant les années saintes
Publication défendant les années saintes
Toute cette imagerie doit apparemment beaucoup à l’Ordre de Santiago qui a financé une statuaire particulièrement visible. Il l’a fait au moment où, la Reconquête étant terminée, son rôle était devenu caduc, au moment aussi où le patronage de saint Jacques était contesté par la papauté qui doutait clairement de la réalité de la venue de saint Jacques en Espagne. Les chevaliers de Santiago se sont alors mobilisés pour écrire des livres volumineux à la gloire de saint Jacques, et installer partout des statues équestres de leur saint patron portant souvent la croix de Santiago. Ils auraient ainsi plutôt déclenché les moqueries populaires qui fit d'eux  les « Matamores », se prenant pour de grands capitaines, objets de l’ironie cinglante de Cervantès dans Don Quichotte au tout début du XVIIe siècle.

Une dimension politique contemporaine

D’autres images du saint guerrier ont resurgi aux XIXe et XXe siècles, que l’on voit encore dans certaines églises ou musées. En effet, en 1936, saint Jacques a repris du service et est devenu le saint patron invoqué contre les Républicains et le marxisme : la presse invoque le « patron invaincu des Espagnes, irrésistible vainqueur de Clavijo » dont les victoires « proclament la supériorité de l’étendard sur les bannières rouges du marxisme ».
En 1943, il est « le capitaine de la grande Croisade qui se prépare dans le monde… ». Encore en 2003  il reprend son premier objectif, selon El Mundo des 24-25 juillet :
« Les troupes que le gouvernement espagnol a envoyées en Irak défileront en Terre Sainte, avec la croix de saint Jacques matamore, visible sur leurs bannières et drapeaux ».
Il est bon de se rappeler à ce propos que les traumatismes de la guerre civile en Espagne ne sont pas encore effacés et de savoir que la mémoire du saint Jacques guerrier n’est pas du goût de tous les Espagnols dont les familles ont souffert de la dictature.
La statue du Matamore pieusement fleurie
La statue du Matamore pieusement fleurie

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Denise Péricard-Méa

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