" Un document exceptionnel, et sur le pèlerinage, et sur l’époque ". Jérôme Garcin à Denise Péricard-Méa.

L'homme à cheval sur les chemins de Compostelle, 1963

1963, l’aventure commence, 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour une aventure sans lendemain, comme pour un défi, on découvre, ils découvrent, qu’ils ont été les pionniers de la reconversion du cheval dans la société d’aujourd’hui, qu’ils ont montré le chemin à tous les pratiquants d’équitation d’extérieur.



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Théodomir ou Charlemagne ?

Dans la Chronique de Turpin figurent deux controverses d'ordre théologique comparant la foi des chrétiens et celle des musulmans. La première entre Charlemagne et le roi Aigoland, la seconde entre Roland et le géant Ferragut. Chacune s'est terminée par un combat destiné à montrer quel Dieu apporterait la victoire aux siens. On peut trouver là une piste pour cerner au mieux la date de la découverte du tombeau de l'apôtre choisi pour apporter la victoire aux chrétiens.

19/11/2013


Le combat de Roland et Ferragut

Après l’invasion sarrasine, un petit royaume chrétien subsistait au nord de l’Espagne. Chassés par les envahisseurs, des chrétiens étaient réfugiés dans les environs du monastère de San Martin de Toribio, dans la vallée de la Liebana.
L’Espagne chrétienne sous domination musulmane était occupée et il convenait de la libérer. Mais, plus dangereusement, sa foi elle-même était menacée, non par l’envahisseur directement mais par une évolution insidieuse à son contact. L’évêque Félix d’Urgell, en Catalogne, suivi par l’évêque Eliprand de Tolède, se rapprochaient de l’islam en proposant de voir en Jésus le fils adoptif de Dieu. Ils en faisaient un prophète, tel Mahomet et non plus l’égal du Père. Ce « bricolage » collaborationiste dit « Adoptianisme » était tentant et fit grand bruit. Il parvint à la cour de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle. Devant la gravité de cette situation l’empereur s’en saisit personnellement. Il convoqua un premier concile à Francfort en 794, puis un autre en 799 à Aix-la-Chapelle au cours duquel l’archevêque d’Urgell reconnut son erreur.
Les controverses de la Chronique de Turpin font écho à la dérive adoptianiste des chrétiens. A deux reprises, les chrétiens sortent vainqueurs des combats, symboles du triomphe de la foi chrétienne.
Le combat de Roland et Ferragut, Estella, palais des rois de Navarre
Le combat de Roland et Ferragut, Estella, palais des rois de Navarre

L'intervention de Beatus de Liebana

En Espagne, c’est vraisemblablement à un moine du monastère San Martin, Beatus de Liebana († v.800), que l’on doit l’idée de conforter l’Eglise locale en la mettant sous la protection d’un saint prestigieux.
Quel saint choisir ? Pas n’importe lequel. Il fallait un apôtre, en vertu des paroles du Christ rapportées dans les Actes des apôtres (Ac 1,8) par lesquelles il recommandait à ses disciples de continuer après lui :
« Vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'à l'extrémité de la terre ».
Mais pourquoi Jacques ? Parce qu’il était combattant dans l’âme, « fils du Tonnerre » si l’on en croit l’Evangile de Marc (3,17) :
« Et il appela Jacques, fils de Zébédée, et Jean frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c’est-à-dire fils du Tonnerre. Les deux frères, le Seigneur les appelle fils du Tonnerre parce que […] le Père leur apprit à tonner… »
A cause aussi de cet autre épisode relaté dans l’Evangile de Luc (9.54), lorsque Jésus se vit refuser l’entrée dans Samarie : « Voyant cela, ses disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer » ? Jean vivait à Ephèse avec Marie. Restait Jacques.

A quel saint se vouer ?

Pour justifier son choix de mettre Jacques devant Mahomet, deux écrits sont venus à son secours. Le premier faisait de saint Jacques l’évangélisateur de l’Espagne. Isidore de Séville1aurait écrit, un siècle plus tôt :
« Jacques, fils de Zébédée, frère de Jean […] prêcha l’évangile ici en Espagne ainsi que dans d’autres contrées occidentales, répandant aux lumières du couchant la lumière de sa prédication ».
On sait aujourd’hui qu’il s’agit d’une interpolation et il n’est d’ailleurs pas exclu que Beatus, lui-même, en soit l’auteur. Il se serait caché derrière l’autorité d’Isidore de Séville pour cette annonce. Il la reprend ensuite dans son Commentaire de l’Apocalypse :
« Ces douze disciples du Christ, prédicateurs de la foi […] reçurent pour évangéliser le monde des sorts différents en partage […] Jacques reçut l’Espagne »
Voilà donc saint Jacques promu évangélisateur de l’Espagne. Mais, les Actes des apôtres le disent et Beatus le sait bien, il a subi le martyre à Jérusalem. Il est cependant indispensable qu’il soit enseveli dans la terre qu’il a évangélisée pour justifier son entrée en guerre. C’est son tombeau qu’il faut défendre.
Beatus eut alors recours aux écrits d’un autre savant, Bède le Vénérable († 735) qui, dans une homélie sur saint Jean, rappelait que Jean était « le frère du bienheureux Jacques dont le corps repose en Espagne »2. Satisfait, Beatus put enfin présenter saint Jacques comme patron de l’Espagne, dans une strophe d’un long poème qui lui est attribué :
« Apôtre très saint, véritablement digne
Chef éclatant de l’Espagne… »


1 De ortu et obitu patrum (Vie et mort des saints), Patrologie Latine, Migne, t. LXXXIII, col. 129-156.
Liber de ortu et obitu patriarcharum, édité par J. Carracedo Fraga, Corpus Christianorum. Series Latina, Turnhout,  éd. Brepols, t. 108 E (1996).
2 Migne, Patrologie latine, Homélie XCII,. t. 94, col. 494.
 

Restait à découvrir le tombeau

La découverte du tombeau intervint plus tard. Quand ? Beatus l’aurait su si la découverte avait eu lieu de son vivant, or il n’en parle pas. Il est mort entre 798 et 800. Cette découverte serait donc postérieure à 800. Elle est survenue du vivant du roi des Asturies, Alphonse II, roi de 791 à 842. L’incertitude est grande. Les Espagnols la situent au temps de l’évêque Théodomir. Mais les premiers textes qui en parlent ne datent que du XIe siècle. Les dates de son épiscopat sont rien moins qu’incertaines et même la réalité de son tombeau à Compostelle est sujette à caution !
La cathédrale de Compostelle affiche une date précise, aujourd'hui, plus besoin de faux manuscrits, la technique donne de nouveaux moyens à l'imagination des chanoines de Compostelle :
http://www.archicompostela.org/web/catedral/movie.html
Elle est aussi plus insidieuse : comment ne pas croire que tout cela est véridique ?

Sous l'autorité de l'évêque Turpin

La Chronique de Turpin fournit aussi une source d’information sur le tombeau de saint Jacques à Compostelle. Elle montre l’empereur convié en songe par saint Jacques à quitter son palais d’Aix-la-Chapelle pour aller délivrer son tombeau des mains des Sarrasins (ce qui était sans objet puisque la Galice n’a jamais été envahie, mais qu’importe). Ce Turpin, est-ce une histoire de Charlemagne ou une légende de Charlemagne ? Légende, sait-on aujourd’hui. Mais histoire au moins jusqu’au XVIe siècle, car le texte fut inséré au XIIIe siècle dans les Grandes Chroniques de France (l’Histoire nationale de la France).

Alors, Thédomir ou Charlemagne ?

Comment choisir ? Théodomir ou Charlemagne ? Histoire incertaine ou document historique devenu légende ? Les deux font appel à l’imaginaire. La référence au premier, normale du point de vue espagnol est reprise par ceux qui ne se réfèrent qu’aux documents issus de Compostelle. La Chronique de Turpin permet de situer la découverte du tombeau avant la mort de l’empereur, soit en 813 au plus tard. Le rapprochement avec la mort de Beatus permet de proposer l’intervalle 800-813 pour la découverte du tombeau. Il s’agit en tout état de cause d’une date symbolique. Mais donner la préférence à la légende de Charlemagne est cohérent avec l’engagement de l’empereur dans la lutte contre l’adoptianisme. Elle conforte en outre l’image, de saint Jacques passeur des âmes source de nombreuses dévotions.
Le choix de 2013 par le ministère de la Culture pour une Commémoration nationale était donc justifié.

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