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  <title>Nouveaux regards sur Compostelle, le pèlerinage et les chemins de Saint-Jacques</title>
  <description><![CDATA[L'histoire et des légendes de saint Jacques et du pèlerinage à Compostelle revisités. Mieux comprendre Compostelle, l'Itinéraire culturel du Conseil de l'Europe et le Patrimoine mondial. Informer les pèlerins, les touristes, les responsables politiques et administratifs. Interpréter et sauvegarder le patrimoine.]]></description>
  <link>http://www.saint-jacques-compostelle.info/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2010-09-04T11:09:16+02:00</dc:date>
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   <title>Nouveaux regards sur Compostelle, le pèlerinage et les chemins de Saint-Jacques</title>
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   <title>Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)</title>
   <pubDate>Sat, 26 Jun 2010 19:33:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Denise Péricard-Méa</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Histoire]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Béranger de Landore, à 56 ans, est nommé archevêque par le pape Jean XXII qui l'a jugé seul capable de résoudre les conflits civils et religieux qui agitaient la Castille avec un relief singulier en Galice, incapable de proposer un candidat au siège épiscopal vacant depuis novembre 1316. Il fut nommé en raison de ses qualités de fin négociateur, en particulier dans les conflits franco-flamands. 
Cette page a été réalisée à l'occasion de l'inauguration d'une place Béranger de Landore à Salmiech.     <div><b>De Salmiech à Compostelle, un parcours remarquable</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2190866-3054278.jpg" alt="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" title="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" />
     </div>
     <div>
      Béranger de Landore est né en 1262 au château de Salmiech* dans une famille appartenant à une branche des comtes de Rodez. Il entre chez les Dominicains de Rodez en 1282, étudie à Paris, devient Provincial de Toulouse puis en 1312 maître général de l’ordre des frères Prêcheurs. Il devient très vite un précieux auxiliaire de Clément V **, premier pape d’Avignon,&nbsp; puis de Jean XXII*** qui lui confient des missions diplomatiques importantes. Par une Bulle du 15 juillet 1317, Jean XXII le nomme archevêque de Compostelle. Béranger reçoit l’onction épiscopale le 30 avril 1318, le dimanche d’après Pâques, à Avignon en présence du pape. Béranger de Landore est un personnage particulièrement en vue en France au moment de cette nomination.                                          <br />                                        <br />* Aveyron, ar. Rodez, cant. Cassagne-Bégonhès                                        <br />** Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, pape de 1305 à sa mort en 1314                                        <br />** *Jacques d’Euze, famille de la riche bourgeoisie de Cahors, élu pape à 72   ans, pape d’Avignon de 1316 à sa mort en 1334
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La consécration du choeur de l'église de Rabastens</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2190866-3054283.jpg" alt="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" title="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" />
     </div>
     <div>
      Avant sa prise de fonction, le 29 juin 1318 à Rabastens (35 km au NE de   Toulouse) il bénit le nouveau chœur de l’église du prieuré Notre-Dame   consacré à saint Jacques, ainsi qu’en témoigne l’inscription peinte à   cette occasion :                                                    <br /><span style="font-style: italic;">B.   Dalern pauzec aquesta clau. Ano Domini M.CCC.XVIII. Le archiavesque de   Sant-Jacme senhec aquesta clau,          le jor de Sant Peyre          </span>                                            <br />          (B. Dalern posa ceste clef. L’an du Seigneur   1318. L’archevesque de Saint-Jacques benit ceste clef le jour de   Saint-Pierre)                                                    <br />                                                    <br />Cette église   avait reçu un décor peint vers 1260, dont un saint Jacques grandeur   nature, nimbé, vêtu d'un ample manteau rouge, le bâton de pèlerin à la   main, l'escarcelle en bandoulière, et la tête coiffée d'un chapeau   triangulaire. Les spécialistes pensent que c’est peut-être Béranger qui,   lors de son passage, commanda la décoration de la deuxième chapelle   nord du chœur, laquelle est entièrement décorée de la légende espagnole   de saint Jacques : conversion d'Hermogène, apparition de la Vierge sur   le pilier de Saragosse, prédication du saint, décollation, transport en   Galice, écroulement des ponts, apparition du saint à Clavijo. Est-ce lui   qui dota l’église d’une relique de la tête de saint Jacques dont il est   fait mention dans un catalogue en 1605 : <span style="font-style: italic;">Reliquiae de capite sancti Jacobi, fratris Joannis   evangelistae, et de ossibus ipsius</span>, conservée dans un buste   reliquaire en argent pesant près de 4 kg. à l'église du prieuré   Notre-Dame-du-Bourg ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La lutte pour la conquête du siège galicien</b></div>
     <div>
      Béranger arrive en Galice seize mois après sa nomination, le 12 novembre   1318. Il fut reçu à Mellid par l’infant Felipe mais l’entrée dans   Compostelle lui fut interdite car les habitants de la ville (soutenus   par l’infant Felipe !) voulaient un autre archevêque.&nbsp; A partir de ce   moment sa vie est connue par les <span style="font-style: italic;">Hechos de Don Berenguel de Landoria arzobispo de Santiago</span>,   vraisemblablement rédigés vers 1322 par l’un des amis français dont il   s’est entouré, Bernard Carrier, Hugues de Vezins, Jean Fabre ou Bernard   Rossinhol, à moins que ce ne soit Aymerico de Anteiaco, trésorier de la   cathédrale.                                              <br />                           <br />Bérenger se réfugia à trois kilomètres,   au château de La Rocha, où il demeura un mois en liberté surveillée. Il   passa Noël et l’Epiphanie        à Padron, puis la Chandeleur à   Pontevedra, il présida l’office en présence du roi de Portugal, Denis le   Libéral. Pendant ce temps, à Compostelle, les insurgés incendient le   palais de l’archevêque. Furieux, Bérenger de Landore les menace   d’excommunication et de les priver de revenus jusqu’à la troisième   génération. Dans l’été 1319, la ville semble se rendre… Mais c’est une   ruse de guerre ! Confiant, Bérenger pénètre solennellement dans sa   cathédrale, à cheval. Ses ennemis ferment les portes et lui annoncent   que lui et ses gens y mourront de faim. Au bout de quelques jours, les   assiégés sont obligés de manger quelques-uns de leurs chevaux. Après   treize jours, ils s’enfuient et se réfugient à Noïa où Béranger réunit   un synode. Il prononce de nouvelles peines contre les rebelles, valables   cette fois-ci jusqu’à la quatrième génération.                                              <br />                        <br />A la   fin de 1319, alors que ses soldats ont dressé leur camp sur le mont   Almaciga (au NE de Compostelle), Béranger passe la nuit au couvent   dominicain du village de Bonaval, au pied du mont, où il manque d’être   tué par un projectile lancé par une catapulte. Il trouve un appui auprès   de la reine régente Marie de Molina : elle lui remet en otage quatre   des insurgés de Compostelle qui étaient venus lui demander assistance !   Béranger orchestre alors l’assassinat de son pire ennemi, Alonso Súarez   de Deza, dans le château de La Rocha et ordonne la décapitation de l’un   des fidèles vassaux de don Felipe, don Alonso Suarez de Deza et des dix   représentants du Conseil de Ville qui lui avaient été toujours hostiles   (16 septembre 1320).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La victoire, l'instauration de l'année jubilaire</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2190866-3054297.jpg" alt="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" title="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" />
     </div>
     <div>
      Les <span style="font-style: italic;">Hechos</span> relatent deux   miracles de saint Jacques, prouvant que le saint a constamment aidé   Béranger en apparaissant à lui pour l’assurer de son soutien : pendant   qu’il était prisonnier, une nuit, par trois fois l’archevêque « vit le   très saint apôtre sur un cheval blanc suspendu en l’air au-dessus du   sommet de la tour du château de la Rocha Fuerte. L’apôtre avait un   bouclier à son bras gauche et dans sa main droite une lance qu’il   brandissait de façon menaçante vers Compostelle. Il protégeait un   personnage agenouillé, en habit de dominicain, coiffé d’une mitre   épiscopale, qui tenait d’une main une croix et de l’autre une blanche   colombe ». Saint Jacques est encore apparu le jour de l’exécution des   traîtres, courant à la cime du château de Rocha à la poursuite des   coupables, les frappant avec l’épée ensanglantée qu’il essuya ensuite à   son manteau avant de la remettre au fourreau.                      <br />C'est cette image que l'on retrouve sur un folio du Tumbo B : les&nbsp; personnages foulés aux pieds du cheval de saint Jacques ne sont ni des musulmans, ni les jeunes vierges du roi Ramire, mais les insurgés vaincus...   <br />                 Enfin, le 27 septembre 1321, les insurgés remettent à Béranger les clés de la     ville. Le 16 juillet suivant (1322), il accorde son pardon aux anciens     rebelles et décide que « le jour de saint Jacques serait bon pour   tous…   ». Il « célébra avec une grande dévotion sa première messe   solennelle   sur l’autel du très saint apôtre… ». Cette année-là le 25   juillet   tombait un dimanche. Peut-on voir dans cette journée   exceptionnelle la   première année jubilaire, à l’image de celle de Rome   instaurée en 1300 ?                                             <br />    <br />
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le Chef de saint Jacques perdu et retrouvé</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2190866-3054311.jpg" alt="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" title="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" />
     </div>
     <div>
      Les <span style="font-style: italic;">Hechos</span> racontent encore que   c’est au cours de cette cérémonie que Béranger plaça dans un reliquaire   neuf une tête de saint Jacques Alphée                        <br />                        <br />                                                <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">                                                <div style="margin-left: 3px;">« La tête de  saint Jacques Alfée qui avait été apportée dans des temps anciens à la  basilique de saint Jacques Zébédée et qui était délaissée dans une  misérable niche fut transférée par ses soins dans un endroit plus  convenable. Il ordonna que soit fabriquée une tête en argent d’une  beauté prodigieuse et d’un grand prix. Dans cette tête d’argent il plaça  de ses propres mains avec beaucoup de dévotion et de révérence les  sacro-saintes reliques, c’est-à-dire la tête de saint Jacques Alfée… »                        <br /></div></div>                        <br />Cette tête avait été donnée à Gelmirez comme étant la tête du Majeur. Mais,selon l'<span style="font-style: italic;">Historia compostellana</span>,&nbsp; il n'en voulait pas, considérant que la tête était avec le corps. Dès 1325 cette tête est pourtant la seule relique montrée aux pèlerins à qui on laisse croire pendant des siècles qu'il s'agit de la tête du Majeur.                        <br />                        <br />&nbsp;                        <br />                                                                    <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">                  </div>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un nouveau saint Jacques ?</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2190866-3054338.jpg" alt="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" title="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" />
     </div>
     <div>
      Béranger fut chargé ensuite par le pape d’autres missions au Portugal et   en Espagne mais il témoigna constamment d’un souci de rayonnement du   sanctuaire compostellan. En 1328, l’église Sainte-Marie de Noia fut   reconstruite à sa demande et, sur le tympan du porche principal, il est   représenté en pèlerin aux pieds de la Vierge.                    <br />Il fit en particulier   exécuter trois copies du<span style="font-style: italic;"> </span>dernier   Livre du<span style="font-style: italic;"> Codex Calixtinus, </span>connu   aujourd'hui sous le nom de <span style="font-style: italic;">Guide du   pèlerin</span>, et écrire le manuscrit appelé <span style="font-style: italic;">Tumbo B</span> sur lequel apparaît l'iconographie nouvelle de   saint Jacques qui remplace l’apôtre par le combattant. Il laissa son   nom à la tour <span style="font-style: italic;">Berenguela</span> de la   cathédrale de Compostelle, qu’il fit fortifier. S’est-il identifié à   saint Jacques ? Pour l’amour de lui et comme lui, il fut d’abord   serviteur de Dieu puis, lui aussi, pèlerin et combattant.                                  <br />En   1330, il accompagne le roi en Andalousie lors d’une croisade. Il meurt   au couvent dominicain de Séville, où il fut inhumé. En 1404, selon sa   volonté, ses restes furent transférés au couvent des dominicains de   Rodez. Son tombeau fut détruit lors de la révolution de 1793.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Source et bibliographique</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2190866-3054348.jpg" alt="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" title="Béranger de Landore, un Français archevêque de Compostelle (1317-1330)" />
     </div>
     <div>
      <span style="font-weight: bold;">Source : </span><span style="font-style: italic;">                        <br />Hechos de don Berenguel de   Landoria, arzobispo de Santiago</span>,                           <br />éd. et trad.   espagnole M. Diaz y Diaz, Universidad de Santiago de Compostela, 1983                             <br />   <span style="font-weight: bold;">Bibliographie :</span>                          <br />   - Denise Péricard-Méa, <span style="font-style: italic;">Compostelle et   cultes de saint Jacques au Moyen Age</span>, Paris, PUF2000, chap. XIV,   p. 249-256  <br />- Ahlsell de Toulza, (G.), « Les peintures murales de la   chapelle Saint-Jacques dans l’église ND-du-Bourg à Rabastens-sur-Tarn »,   <span style="font-style: italic;">Cahiers de Fanjeaux</span> n°15,   1980, p.44-55                           <br />   - Stones, Alison et Krochalis (J.), «   Qui a lu le Guide du pèlerin ? », <span style="font-style: italic;">Pèlerinages   et croisades</span>, Actes du 118e colloque du C.T.H.S., Pau, 1993,   Paris, 1995, p.11-36                           <br />   - King, (G.G.), <span style="font-style: italic;">The way of saint James, New-York</span>,   1920, 3 vol., t.I p.65-66 et n.5, p.446-447                           <br />   -   Nogueira, Pablo, “Un français archevêque de Compostelle”, <span style="font-style: italic;">Histoire du christianisme</span>, n° 22,   juin 2004;               <br />- Serafin Moralejo, Serafin, « L’image de saint Jacques à l’époque de l’archevêque compostellan Béranger de Landore », colloque <span style="font-style: italic;">Les traces du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle dans la culture européenne</span> organisé par le Centre italien d’études compostellanes et par l’université de la Tuscia à Viterbe, en collaboration avec le conseil de l’Europe, 1989, éd. dans <span style="font-style: italic;">Patrimoine culturel,</span> n°20, p. 67-69.              <br />  <br /><span class="Apple-style-span" style="border-collapse: separate; color: rgb(0, 0, 0); font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: 2; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: 2; word-spacing: 0px; font-size: medium;"><span class="Apple-style-span" style="border-collapse: collapse; color: rgb(0, 128, 0); font-size: 16px;" /></span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/imagette-2190866-3054348.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.saint-jacques-compostelle.info/Beranger-de-Landore,-un-Francais-archeveque-de-Compostelle-1317-1330_a97.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>La nouvelle vision de saint Jacques</title>
   <pubDate>Fri, 25 Jun 2010 00:06:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Patrimoine contemporain]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   En 1950, Paul Guinard (directeur de l'Institut français en Espagne pendant 30 ans), concluait ainsi un propos sur saint Jacques et le pèlerin dans l’art chrétien :
« ... les rénovateurs de l’art religieux, depuis un demi-sièçle, semblent avoir ignoré saint Jacques. Seul le poète du Soulier de Satin et du Livre de Christophe Colomb a fait surgir sur la scène une ombre gigantesque : le "pèlerin de l’Occident ... phare entre les deux mondes ... ". 
Quel maître fixera sur la toile ou sur la pierre, le saint Jacques "cosmique"  rêvé par Claudel ? 
Verrons-nous refleurir le rameau séculaire sur le tronc vénérable de l’art chrétien ?». 
Délibérément nouvelle, l'oeuvre de BENE, présentée ci-dessous, est une réponse à ces questions.     <div><b>Une vision contemporaine de saint Jacques pèlerin</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2187660-3049826.jpg" alt="La nouvelle vision de saint Jacques" title="La nouvelle vision de saint Jacques" />
     </div>
     <div>
      Née du regard de l’artiste BENE, cette sculpture présente un marcheur, dépouillé, au repos, les bras posés sur le bourdon qu'il porte sur la nuque, en travers sur ses épaules. La position fait immanquablement allusion au Christ sur la croix car à quelques mètres, on verra d’abord une crucifixion. Mais non, il s’agit bien là de saint Jacques, 1er apôtre martyr de la Chrétienté représenté en pèlerin. Fatigué de sa marche, il est en appui sur la jambe gauche, légèrement fléchie, et soulève la jambe droite dans la position de repos habituelle. Une discrète coquille couronne son bourdon. Mais, en dehors de cela, il ne porte aucun des attributs habituels du pèlerin. Cette sculpture offre ainsi une double lecture qui rend cette œuvre profonde et attachante et rappelle le martyre de l’apôtre.                    <br />Pleine de sens et d’originalité, elle crée la surprise. Mais il suffit de s’en approcher pour que l’émotion dégagée par l’oeuvre prenne une nouvelle dimension. En effet, la matière qui la constitue est un amalgame de plus d'un demi-millier de croix de chapelets. Analogie qui exprime que, dans la souffrance du Christ, saint Jacques trouve la force, car il est solidement habité par la foi.                    <br />
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un double symbolisme</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2187660-3049832.jpg" alt="La nouvelle vision de saint Jacques" title="La nouvelle vision de saint Jacques" />
     </div>
     <div>
      Le symbolisme des innombrables crucifix renforce ici l’évocation de la croix du calvaire. Ils témoignent des souffrances portées par nombre de pèlerins sur leur chemin. Ces croix sont des croix de chapelet. Constituant une figure de saint Jacques, elles le relient au culte marial et rappellent les interventions de la Vierge dans sa prédication et le témoignage qu'il nous a laissé d'Elle dans son Protévangile.                 <br />L’artiste a poussé le détail jusqu’à utiliser une croix, probablement la plus grande, pour couvrir le front et le nez afin d’évoquer le heaume que portaient les croisés. Cette figure combattante fait aussi penser au Matamore et à la croisade que fut la Reconquista.                <br />Une interprétation originale et très spirituelle, qui a su respecter et aussi rappeler les vraies valeurs que représente le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.                <br />
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'oeuvre</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2187660-3049833.jpg" alt="La nouvelle vision de saint Jacques" title="La nouvelle vision de saint Jacques" />
     </div>
     <div>
      Il existe actuellement deux versions de cette oeuvre contemporaine.           <br />Les premières séries en bronze et argent, de presque un mètre de hauteur (650x 840), numérotées de 1 à 10, sont destinées aux églises, monastères ou autorités religieuses ou aux grands collectionneurs.              <br />              <br />Un tirage en résine patinée vieil argent, sera décliné en deux dimensions :              <br />- la première à la taille des originaux, pour des collectivités ou des particuliers              <br />- la seconde d’une hauteur ne dépassant pas 30 cm, pour les pèlerins en souvenir de leur pèlerinage et pour tous ceux qui portent une dévotion à saint Jacques ou dont il est le patron.               <br />              <br />La première exposition de cette pièce était à la chapelle Saint-Jacques de Mantes-la-Jolie, où des pèlerins ont pu apprécier l'original, beaucoup plus impressionnant en volume.              <br />              <br />Nous vous tiendrons au courant des lieux où l’original de cette oeuvre sera très bientôt exposé.              <br />
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'artiste</b></div>
     <div>
      Thierry Bénénati, alias BENE, a fait les Arts Appliqués à Marseille où il est né. Directeur artistique et réalisateur dans la Publicité à Paris, il a été également auteur pour la société Gaumont. Le côté éphémère de la publicité l’a poussé à entreprendre une carrière où les créations sont plus pérennes et purement artistiques. L’esthétique et le réalisme de ses sujets tournent toujours autour d’un décalage, d’une idée, d’un anachronisme. Le message est poétique ou humoristique. Si le style rappelle les études classiques du XIXe, le côté décalé de son œuvre l’inscrit dans l’art contemporain. Il réalise essentiellement des pièces uniques en acier. Aujourd’hui le grand comédien Gérard Depardieu s’intéresse de très près à la carrière de cet artiste dont il a acquis quelques pièces.            <br />BENE s’exprime aussi très bien avec le bronze. Comme pour cet <span style="font-style: italic;">Esprit de saint Jacques</span>. La technique de fonte « à la cire perdue » représente pour le sculpteur un travail plus en douceur. Les effets de matière sont moins torturés. Mais l’esprit décalé de l’artiste est toujours là.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/imagette-2187660-3049826.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.saint-jacques-compostelle.info/La-nouvelle-vision-de-saint-Jacques_a95.html</link>
  </item>

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   <title>La carte des voyages de Diego Gelmirez</title>
   <pubDate>Thu, 17 Jun 2010 20:53:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Bernard Gicquel</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Compostelle, pèlerinage et société ]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Le volume Compostelle et l'Europe, L'histoire de Diego Gelmirez qui accompagne l'exposition du même nom organisée à l'occasion de l'année jubilaire 2010 par les autorités galiciennes, propose une carte dite : « Cartographie des voyages de Gelmirez ». Cette carte n'est accompagnée d'aucune légende. C'est là un premier sujet d'étonnement, car un document de ce genre indique normalement comment les divers signes qu'il comporte doivent être lus. Cette carte est seulement commentée dans le texte même, sous la plume du commissaire de l'exposition et donc responsable principal du projet. Ce commentaire est loin d'en lever toutes les ambiguïtés. Elles concernent plusieurs aspects : le fond de carte, les itinéraires en général, tels qu'on peut les supputer faute d'indications plus précises, enfin les itinéraires spécifiques attribués à Diego Gelmirez.      <div><b>Le fond de carte</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2173053-3028615.jpg" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      	Il est assez curieux en ce sens qu'il présente à la fois un caractère archaïque et moderne. Un caractère archaïque par son dessin qui ne correspond pas aux proportions, que tout lecteur a bien en tête, de la France d'aujourd'hui mais semble inspiré par une carte de l'Europe telle qu'elle a pu être dans la nuit des temps. En effet quelques-uns des fleuves y sont représentés par des estuaires très volumineux, alors que d'autres, le Rhône ou la Garonne, n'y figurent même pas. Une question se pose naturellement, mais on ne sait comment y répondre : à quel siècle ce tracé est-il censé correspondre ? En principe, puisque l'essentiel concerne les voyages de Gelmirez, il devrait s'agit d'une carte de l'Europe, telle qu'elle se présentait dans les cinq premières années du douzième siècle. Mais en réalité, elle donne plutôt l'impression d'une rétro-projection fantasmatique et floue qui amalgame des données de provenances très diverses.  	     <br />   <br />Un certain nombre d'indications géographiques y sont portées, en particulier  des noms de provinces en français moderne, que l'on ne savait pas exister déjà sous cette forme. Ils sont de plus disposés parfois fort étrangement : les noms de l'Alsace (au lieu d<span style="font-style: italic;">'Alsatia</span>) et de la Lorraine (au lieu de <span style="font-style: italic;">Lotharingia</span>) sont situés sur la rive droite du long estuaire que l'on devine figurer le Rhin, alors que la rive gauche de celui-ci, jusqu'à la mer du Nord, est occupée par un vaste espace vide appelé Champagne. Vus à partir de Compostelle, les confins de l'Europe géographique se trouvent donc étrangement déformés, comme si une perspective rigoureuse de géographie historique avait été délaissée au profit d'un je ne sais quoi.   	     <br />   <br />En plus forts caractères, mais en latin cette fois, sont marquées les dénominations des chemins dits habituellement de pèlerinage : <span style="font-style: italic;">Via Tolosana, Via Podiensis, Via Turonensis</span> . La <span style="font-style: italic;">Via Lemovicensis</span>,  désignée comme toutes les autres en fonction d'une ville, y reçoit une fausse dénomination de <span style="font-style: italic;">Via Lemosina</span>, en fonction d'une province. Ces dénominations latines sont ici anachroniques, car aucun des quatre chemins distingués par le <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span> du <span style="font-style: italic;">Livre de saint Jacques</span> ne comporte à l'origine l'une ou l'autre de ces désignations. Les chemins y sont seulement distingués par les listes des villes qu'ils traversent et ne portent donc pas de nom médiéval. Ils ont été baptisés par la science de la fin du dix-neuvième siècle, après l'édition du <span style="font-style: italic;">Guide</span> en 1882. Ces quatre chemins ont au moins le mérite d'être eux-mêmes, à défaut de leurs noms, attestés par le <span style="font-style: italic;">Guide</span>, tandis que la <span style="font-style: italic;">Via Francigena</span> italienne n'y figure même pas par le biais de ses stations. Quant au <span style="font-style: italic;">Camino de Santiago</span>, titré en rouge, il semble d'invention plus récente encore, puisque les textes anciens l'appelaient communément <span style="font-style: italic;">camino francés</span>.  	   <br />   <br />Cette cartographie des voyages de Diego Gelmirez est donc tant au point de vue de la langue que de la documentation tout autre chose qu'un document historique fiable ou qu'un schéma scientifique acceptable. C'est un amalgame d'informations d'origines et de dates différentes. Il révèle en quoi le sous-titre de l'ouvrage, L'<span style="font-style: italic;">histoire de Diego Gelmirez </span>est fallacieux, car on n'y trouve justement pas le souci de cette <span style="font-style: italic;">discretio temporum</span> qui est le propre de l'histoire. L'amalgame des époques n'est pas le fait de la science historique mais celui de la publicité.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les chemins de pèlerinage et le tracé marron</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2173053-3028618.jpg" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      	Sur ce fond de carte, qui suscite à lui seul une certaine impression de malaise, divers chemins sont représentés en couleurs différentes que chaque observateur doit interpréter selon sa sagacité personnelle et par élimination des affectations improbables. Les tracés marron semblent marquer les chemins français et italiens de Saint-Jacques. A vrai dire le tracé de ces chemins ne concorde même pas avec celui que l'on suppute communément sur la base du <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span>. Celui-ci ne connaît pas de lien entre Orléans et Paris, ni entre Tours et Paris par Les Guérets (Saint-Jacques-des-Guérets), Châteaudun et  Chartres. Il ignore aussi le double embranchement entre Argenton et Vézelay, soit par  Châteauroux et Bourges, soit par La Châtre, Saint-Amand et Nevers. Lorsque la carte concerne des régions méridionales évoquées expressément par le <span style="font-style: italic;">Guide</span> ses indications ne sont pas plus conformes. On voit ainsi apparaître un tracé entre Ostabat et Moissac qui relève Aire et Condom inconnus du <span style="font-style: italic;">Guide</span>, tout comme Saint-Sever et La Réole entre Ostabat et Périgueux, ou Pouillon entre Dax et Saint-Jean de Sorde. De toute manière, ces précisions ne constituent qu'un remplissage indifférent, car elles ne concernent certainement pas Gelmirez.  	     <br />   <br />Ces chemins dits de pèlerinage, qu'étaient-ils en ce début du XIIe siècle ? On est bien en peine de le savoir, et ce d'abord pour une raison de date. La référence au <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span>, dernière partie du <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> généralement daté de 1160 et dont Gelmirez ne peut avoir suscité l'écriture vingt ans après sa mort, ne garantit nullement leur existence un demi-siècle plus tôt. Même si l'on estime, comme il convient, qu'une version brève du <span style="font-style: italic;">Guide</span> a pu être rédigée sans doute vers 1137, donc encore du vivant de Gelmirez, cela ne fait que déplacer le problème de quelques décennies. Surtout la manière dont on lit ce <span style="font-style: italic;">Guide</span> comme toute autre production du même genre littéraire ne doit pas faire illusion. Contrairement à une lecture fréquente, le guide ne prescrit rien, et il faut même ajouter qu'il ne décrit rien des prétendus chemins. Il en indique seulement la possibilité en marquant les principales stations, les hauts-lieux de grâce par lesquels ils passent. Ces stations sont des occasions diverses de méditer sur la sainteté qui s'esquissent à partir des tombeaux que les pèlerins ne sauraient manquer de visiter et où ils trouveront, en plus des fêtes votives dont la date est toujours soigneusement indiquée, des sources d'émotions esthétiques qui soutiendront leur enthousiasme et leur piété. On ne doit pas s'étonner de ne pas trouver d'indications matérielles sur les chemins français (elles sont réservées à l'Espagne). L'essentiel est le culte à rendre aux reliques qui parsèment l'itinéraire, quel qu'il soit.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le tracé jaune ou le premier voyage à Rome de Diego Gelmirez</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2173053-3028623.jpg" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      Sans doute le tracé jaune représente-t-il le voyage de Gelmirez à Rome en 1100. L'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> qui l'évoque en une seule ligne pour dire : <span style="font-style: italic;">orationis gratia limina beati Petri adiuerat</span>, dissimule la vérité concrète sous une formule topique, en prétendant que le prélat est allé à Rome en pèlerinage alors qu’il y est allé seulement pour recevoir un ordre mineur, le sous-diaconat, minimum requis pour recevoir ensuite, dans la foulée, l'ordre majeur qu'est l'épiscopat. Mais elle ne fournit aucune information supplémentaire. Elle n'indique pas s'il y est allé par mer ou par voie de terre, ni en combinant les deux moyens. Cela n'empêche pas la carte de dénoter, donc sans aucun fondement, un transport terrestre détaillé par une vingtaine de localités espagnoles plus une douzaine de localités françaises jusqu'à Marseille, où il est censé s'embarquer en direction de Gênes et de Pise, avant de poursuivre par Sienne, Sant Antimo Montalcino et Viterbe. Autant de précisions fallacieuses qui donnent l'illusion d'un savoir alors même que l'on ignore tout. Cette représentation  imaginaire du premier voyage de Gelmirez à Rome mérite autant de créance que la navigation de saint Brendan vers les îles bienheureuses.       <br />  <br />Aucun exemple n'est fourni permettant de penser qu’il soit allé se recueillir sur l'une ou l'autre des reliques qui honorent la Ville Eternelle. Il se rend à Rome, alors que n'importe quel autre évêque pouvait l'ordonner sous-diacre, pour bien montrer que ce qui concerne l'église de Compostelle ne peut être décidé qu'à Rome. Le pape d'alors, Pascal II, avait été légat en Espagne avant son élection au pontificat et connaissait tant la situation calamiteuse de l'Eglise de Compostelle évoquée par le chapitre précédent de l’<span style="font-style: italic;">Historia compostellana</span> que la personnalité de l'impétrant à la fonction épiscopale. C'est bien  une sorte de prédésignation à celle-ci que va signifier l'ordination relativement anodine comme sous-diacre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le tracé bleu ou le second voyage à Rome de Diego Gelmirez</b></div>
     <div>
      	Un chemin bleu qui va de Compostelle à Rome semble se rapporter au second voyage qu'accomplit Diego Gelmirez en 1105. L'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> nous renseigne ici beaucoup mieux que précédemment. Elle rapporte, à juste titre, que Gelmirez est allé à Rome pour y recevoir le <span style="font-style: italic;">pallium</span>, symbole de la brebis perdue que le Bon Pasteur porte sur ses épaules et marque de la plus haute dignité. Le roi de Castille Alphonse VI  avait déconseillé ce voyage, craignant que Pierre Ier d'Aragon, qui hébergeait Diego Pelaez évincé du siège de Compostelle, ne fasse des difficultés en cours de route. Le prélat choisit donc un itinéraire évitant l’Aragon. A partir de Burgos, son confrère, l'ordinaire du lieu, le fait passer en France sous bonne escorte pour éviter que l'on ne s'empare de sa personne : « Entouré de nombreuses gens idoines, tant clercs que militaires, il traversa les Pyrénées et parvint en Gascogne <span style="font-style: italic;">ad honores saluitatum nostre ecclesie</span> ». Entendons par là que Gelmirez va réclamer leur redevance aux sauvetés que possède l’église de Compostelle en Gascogne.   	  <br />  <br />Cette préoccupation économique est confirmée par un témoignage extérieur selon lequel en cette même année 1105, le Français Hugo, cardinal de Compostelle donne à l'abbé clunisien de Lézat-sur-Lèze la sauveté de Saint-Jacques, située entre Saint-Julien et Salles-sur-Garonne, au nord de Cazères. La donation précise que, « si un légat ou le vicaire de Saint-Jacques vient dans ce domaine, qu'il soit accueilli avec honneur et servi par les habitants du lieu ; c'est la volonté de l'évêque de Compostelle que je visite cette sauveté et d'autres afin de mieux les connaitre et d'en prendre soin au profit de l'église de Saint-Jacques » (Dom Vaissette, <span style="font-style: italic;">Histoire générale de Languedoc</span>, Toulouse, 1874, III, 567-568, V col. 793 et 1763; BnF. ms. lat.9189, fol.44). L'honneur ou les honneurs c'est bien ici, comme dans l'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> l'usufruit dû au seigneur.   	  <br />  <br />Selon les dires de celle-ci, il passe par Auch où il est accueilli par l’évêque, le jour de la Nativité de la Vierge, puis par Toulouse, puis par le monastère Saint-Pierre de Moissac, la ville de Cahors, le monastère Saint-Pierre d'Uzerche, Limoges (où il reçoit de Saint-Martial des biens situés à Chambon-sur-Voueize et à Saint-Léonard-de-Noblat, sans qu'il soit dit s'y rendre), Cluny, la vallée de la Maurienne, Suse, enfin Rome. L'Historia Compostellana ne précise nullement le trajet que suit Gelmirez entre Burgos et Auch. Cependant la carte fait figurer sur la ligne bleue les localités de Roncevaux, Ostabat, Oloron-Sainte-Marie et Pau, qui relèvent de la pure conjecture. D'autre part, entre Suse et Rome, la carte relève dix stations sur lesquelles l'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> garde le silence le plus complet.   	  <br />  <br />Une constatation s'impose : le seul toponyme commun au récit du second voyage de Gelmirez, tel que le rapporte l'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> et aux stations de piété mentionnées par le <span style="font-style: italic;">Guide</span> du Pèlerinage est celui de Toulouse. (et à la rigueur celui de Saint-Léonard-de-Noblat). C'est vraiment un point de contact que l'on pourrait dire asymptotique avec les chemins de pèlerins. Sur la base de cette constatation, on conclurait beaucoup plus justement que Gelmirez a délibérément évité les chemins des pèlerins de saint Jacques, si tant est que ces chemins aient existé. L'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana </span>montre très bien que toute préoccupation de pèlerinage est loin de sa pensée. A aucun moment, elle ne mentionne une rencontre avec des pèlerins de saint Jacques ni l'existence d'étapes sur les chemins de pèlerinage. Deux choses seulement lui importent : d'une part la perception des impôts que Compostelle prélève sur ses sauvetés, d'autre part les attentions honorifiques que lui témoignent les évêques et abbés des lieux où il passe. A chaque station, le texte précise qu'il est reçu en grande pompe et avec des égards qui n'en finissent pas.   
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le tracé rouge ou le voyage de Gelmirez à Braga</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/2173053-3028839.jpg" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      En une sorte d'appendice, un tracé rouge consigne le déplacement, qui précède immédiatement le second voyage à Rome, fait à Braga, où il s'est intéressé de près aux reliques de saint Fructueux, de saint Silvestre, de saint Cucfat et de sainte Suzanne. Etant donné les conséquences délictueuses de cette entreprise, puisque au mépris du commandement “Tu ne voleras point”, il n'a pas résisté à la tentation d'y dérober les reliques détenues par l'archevêque dont il était le suffragant, on hésitera naturellement à parler ici de pèlerinage. Il est vrai toutefois, comme le rappelle opportunément l'article consacré dans ce volume à ce que l'on appelle par euphémisme le « pieux larcin » de Gelmirez, que le prélat conféra à Gérald de Braga, l'archevêque qu'il avait dépouillé, la dignité de chanoine de Compostelle, ce qui prouve au moins que dans sa grandeur d'âme, il n'avait pas de rancune envers ses victimes. Comme le remarque, avec un sourire en coin, la seule contribution du volume émanant de l'archevêché de Compostelle, « saint Gérald de Braga est le seul saint canonisé du chapitre de Saint-Jacques dans toute son histoire » (p. 165).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Diego Gelmirez pèlerin comme Charlemagne</b></div>
     <div>
      L'insistance avec laquelle l'ouvrage applique à Diego Gelmirez la qualification de pèlerin invite à s'interroger sur le bien-fondé de cette désignation. Il s'est rendu deux fois à Rome pour des raisons administratives et politiques impérieuses qui tenaient à sa propre promotion, la première fois au grade de sous-diacre, la seconde fois à celui de détenteur du <span style="font-style: italic;">pallium</span>. Ce sont des voyages d'affaires qu'il est tout à fait déplacé de ranger dans la catégorie des pèlerinages.  	  <br />  <br />L'attribution à Diego Gelmirez du statut de pèlerin, dont il n'a nul besoin, montre bien de quelle confusion dans les esprits s'accompagne le discours compostellan. Les notions et les textes n'y servent plus qu'à une apologétique publicitaire qui ne recule devant aucun sacrifice de la pensée. Depuis sa traduction en 1938, le <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span> a tourné la tête à plus d'un esprit prompt, en incitant à voir partout des chemins de Saint-Jacques et dans tout usager de ceux-ci un pèlerin. Le mal n'est pas récent, mais il sévit toujours.   <br />  <br />C'est ainsi que dans l'interview récente donnée par une responsable dite à tort scientifique, on peut entendre que Gelmirez, évidemment auteur à titre posthume autant que miraculeux du <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> composé vingt ans après sa mort, aurait « mis sur la géographie les voyages attribués à Charlemagne, ce que nous connaissons sous le nom de <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerin à Saint-Jacques de Compostelle</span>».  Indépendamment du français plus que douteux, la baliverne est flagrante, puisque le nom de Charlemagne n'apparaît dans le <span style="font-style: italic;">Guide</span> qu'à propos de Roncevaux d'où il peut difficilement être absent, pour expliquer qu'au col d'Ibañeta on trouve une Croix de Charles et un Val Carlos et quant aux sépultures des preux qui y sont morts. Elle est surtout symptomatique d'un délitement de la connaissance et de la moralité pédagogique. Nul n'est besoin désormais de vérifier avant de parler, même s'il suffit d'ouvrir un livre qu'on trouve partout.  	  <br />  <br />On ne peut que constater avec affliction l'incapacité des chercheurs en pèlerinage à respecter les distinctions conceptuelles les plus nécessaires, à mettre chaque chose à sa place, bref à respecter une logique élémentaire dont les titres scientifiques ne dispensent personne. Dès qu'il est question de chemins, voilà leur meute prête à battre la campagne en tous sens. Épidémie ou pandémie, le symptôme principal est la répétition compulsive du credo : « Tout le monde il est pèlerin ! ».   
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>http://www.saint-jacques-compostelle.info/photo/imagette-2173053-3028615.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.saint-jacques-compostelle.info/La-carte-des-voyages-de-Diego-Gelmirez_a94.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Une contribution française à la propagande compostellane</title>
   <pubDate>Tue, 25 May 2010 09:42:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Bernard Gicquel</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Société]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Depuis quelques décennies, l'usage heureux est d'accompagner les grandes expositions de la publication d'ouvrages qui offrent, outre le catalogue proprement dit des pièces exposées, une mise au point scientifique de l'état de la question. La Xunta de Galicia qui a organisé au palais de Chaillot du 16 mars au 16 mai 2010, l’exposition Compostelle et l'Europe / L'histoire de Diego Gelmirez n'a pas dérogé à cette pratique. Elle propose, en parallèle à cette manifestation, un très gros volume, publié conjointement aux éditions SKIRA. Il ne se distingue pas seulement de l'exposition elle-même, modeste au point d'être indigente, par le luxe de sa présentation et de son illustration, mais aussi malheureusement par les mauvais traitements qui y sont constamment infligés à la langue française. On attendrait naturellement que la contribution française à cet ouvrage, « La culture à Compostelle et le chemin de Saint-Jacques » d'Adeline Rucquoi, qui représente notre pays au sein du Conseil scientifique de l'entreprise, soit exempte de ces défauts.      <div><b>Un français malmené</b></div>
     <div>
      Or, dès la première page, le lecteur rencontre par deux fois: <span class="dq_open">«</span>&nbsp;l'évêque de Le Puy&nbsp;<span class="dq_close">»</span> au mépris de la règle de contraction habituelle de l'article défini. Plus bas, ce sont : <span class="dq_open">«</span>&nbsp;les Anglais et les Grecs aux leurs chants caractéristiques&nbsp;<span class="dq_close">»</span> qui sont en mal de préposition ; puis p. 102, <span class="dq_open">«</span>&nbsp; le propre Diego Gelmirez&nbsp;<span class="dq_close">»</span>  et p. 106 <span class="dq_open">«</span>&nbsp;le propre Suger de Saint-Denis&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, alors qu'il s'agit de Gelmirez et Suger eux-mêmes, enfin p. 105 le <span class="dq_open">«</span>&nbsp;troisième livre du dénommé <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> &nbsp;<span class="dq_close">»</span> qui n'est pas le nom propre d'une personne que l'on attendrait.    	Un sort peu enviable est réservé aux titres latins que l'auteure reproduit fautivement parce que, faute de connaître cette langue, elle ne sait manifestement pas ce qu'ils désignent : le <span class="dq_open">«</span>&nbsp;Pénitentiel dit <span style="font-style: italic;">Cordubense</span> &nbsp;<span class="dq_close">»</span> qui n'est autre que le texte appelé communément <span style="font-style: italic;">Pénitentiel de Cordoue</span>. On rencontre, p. 103 à quelques lignes d'intervalle, le <span style="font-style: italic;">Beatus</span> et le <span style="font-style: italic;">Beato</span>, évidemment un seul et même texte, le <span style="font-style: italic;">Commentaire de l'Apocalypse</span> de Beatus de Liebana. La p. 106 nous gratifie de <span class="dq_open">«</span>&nbsp;l'<span style="font-style: italic;">Historia dite Silense</span>&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, qui n'est pas autre chose que ce qui s'appelle normalement la <span style="font-style: italic;">Chronique du moine de Silos</span>. A la page 108 apparaissent deux variantes intéressantes de ce type d'ignorance : le prétendu titre espagnol " <span style="font-style: italic;">Decreto de Graciano</span> ", alors qu'il s'agit à l'évidence du <span style="font-style: italic;">Décret de Gratien</span>, et <span class="dq_open">«</span>&nbsp;un <span style="font-style: italic;">Priscianus menor</span>&nbsp;<span class="dq_close">»</span> qui mélange allègrement le latin et l'espagnol pour désigner un abrégé de la grammaire latine de Priscien.   Il s'agit là d'œuvres qui font partie de la culture de base du médiéviste, mais dont l'auteure ne connaît même pas le titre dans sa propre langue. Comment éprouverait-elle alors la nécessité d'exposer en quelques mots aux non-spécialistes ce dont il s'agit tout en montrant aux spécialistes qu'elle connaît effectivement ce dont elle parle ?   	  Une particularité linguistique originale de cette rédaction est la présence simultanée de formules entre lesquelles il eût normalement été bon de choisir. Ainsi p. 100 <span class="dq_open">«</span>&nbsp;Godescalc, qui en grande compagnie effectua un pèlerinage pendant l'hiver de 950-951 avec un grand cortège&nbsp;<span class="dq_close">»</span>  ; p. 104 <span class="dq_open">«</span>&nbsp;il n'est pas surprenant alors que le premier document...soit effectivement un don d'Alphonse II à l'apôtre, dans lequel est cité l'évêque Théodomire est nommé&nbsp;<span class="dq_close">»</span>  ; p. 108 <span class="dq_open">«</span>&nbsp;les relations furent également été étroites&nbsp;<span class="dq_close">»</span>  ; à la même p. 108, <span class="dq_open">«</span>&nbsp;entreprise qui semble avoir duré environ vingt ans et ne pas avoir été achevée, vu que de nouvelles pièces ayant été incorporées au volume jusqu'en 1180&nbsp;<span class="dq_close">»</span>.   Sans doute certaines de ces fautes sont-elles imputables aux typographes, mais elles n'en donnent pas moins l'impression qu'ici comme ailleurs toutes les vérifications de conformité n'ont pas été faites avec un soin suffisant.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les pièges de la traduction</b></div>
     <div>
      	Un exemple marquant du parler espagnol en français qui aboutit à une absurdité est fourni par la présentation des Poitevins empruntée au <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span>. Une traduction française récente (Tallandier, 2003) propose :   <span class="dq_open"><span class="dq_open">        <br />«</span>&nbsp;Les Poitevins sont des gens vigoureux et de bons guerriers, habiles à manier les arcs, les flèches et les lances au combat, sûrs dans les affrontements, très rapides à la course, joliment vêtus, le visage ouvert, ils n'ont pas la langue dans la poche, mais le cœur sur la main et la table ouverte&nbsp;<span class="dq_close">»</span>.  On préfère ici, p. 	105-106,   <span class="dq_open">        <br />«</span>&nbsp;Ceux du Poitou sont des gens forts et guerriers, très habiles dans la guerre avec des arcs, des flèches et des lances, audacieux dans la bataille, très rapides aux courses, soignés dans leurs habits, distingués dans leurs factions, rusés dans leurs mots, très généreux dans leurs faveurs, prodigues avec leurs hôtes&nbsp;<span class="dq_close">»</span>.           <br />Ce texte prétendument français suit mot à mot la traduction espagnole du <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span>, puisque <span class="dq_open">«</span>&nbsp;distingués dans leurs factions&nbsp;<span class="dq_close">»</span> n'est qu'un calque aberrant de <span class="dq_open">«</span>&nbsp;<span style="font-style: italic;">distinguidos en sus facciones</span>&nbsp;<span class="dq_close">»</span>  (p. 514) alors qu'en 1938, Jeanne Vielliard proposait ici : <span class="dq_open">«</span>&nbsp;beaux de visage&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, pour traduire <span class="dq_open">«</span>&nbsp;<span style="font-style: italic;">in facie praeclari</span>&nbsp;<span class="dq_close">»</span>. Ainsi le détour superflu par la traduction espagnole a-t-il fait que la <span class="dq_open">«</span>&nbsp;face&nbsp;<span class="dq_close">»</span> désignée par l'original latin est devenue ici la <span class="dq_open">«</span>&nbsp;faction&nbsp;<span class="dq_close">»</span>.   	        <br />Quelques lignes plus bas, on est ravi d'apprendre, d'après la même source, que <span class="dq_open">«</span>&nbsp;les viandes de vache et de cochon de toute l'Espagne et en Galice rendent malades les barbares&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, phrase qui signifie évidemment que les étrangers (dans le texte espagnol : <span style="font-style: italic;">extranjeros</span>) supportent mal la viande de bœuf et de porc originaire de ces pays. Une telle traduction ne rejoint pas seulement les <span class="dq_open">«</span>&nbsp;belles infidèles&nbsp;<span class="dq_close">»</span> du temps jadis, moins la beauté ; en introduisant ici justement la <span class="dq_open">«</span>&nbsp;vache &nbsp;<span class="dq_close">»</span> espagnole, elle suggère inexorablement la vieille expression populaire française qui discrimine la francophonie des ruminantes ibériques.           <br />A la page suivante (p.107), on peut lire : <span class="dq_open">«</span>&nbsp;le chapitre huitième du livre V du <span style="font-style: italic;">Codex</span> offre une description détaillée du zodiaque de l'arche des reliques de saint Gilles&nbsp;<span class="dq_close">»</span>. Le mot <span class="dq_open">«</span>&nbsp;arche&nbsp;<span class="dq_close">»</span> est un calque de la traduction espagnole (p. 528) qui appelle ig[&nbsp;[arca]i &nbsp;]g ce qui est, comme tous les autres traducteurs l'ont bien vu, une <span class="dq_open">«</span>&nbsp;châsse&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, au demeurant fort célèbre. Mais <span style="font-style: italic;">arca</span>, en espagnol, s'applique aussi à Noé. L'on n'est donc pas surpris de trouver en référence érudite à cette fausse traduction, non la p. 528 où figure, dans la traduction espagnole du <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span>, le passage relatif à Saint-Gilles, mais la page 242, où il est question de l'arche de Noé, ce qui est un indice probant de la confusion. L'occasion était bonne de se laisser piéger par un faux ami, quand on croit que la traduction consiste à trouver des équivalents aux mots et non à restituer un sens satisfaisant. </span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'épistémologie en berne</b></div>
     <div>
      On n'est pas peu surpris, à première lecture, de rencontrer (p. 104) <span class="dq_open">«</span>&nbsp;des personnages ou des thèmes aussi peu hispaniques que l'empereur des Francs Charlemagne et son neveu Roland &nbsp;<span class="dq_close">»</span>. Cette assertion est heureusement contredite (p. 106) par <span class="dq_open">«</span>&nbsp;l'histoire de Charlemagne se rendant à Saragosse et la mort de Roland à Roncevaux&nbsp;<span class="dq_close">»</span> qui réintroduisent le théâtre incontestablement espagnol de leurs exploits légendaires. Au même endroit on peut lire que : <span class="dq_open">«</span>&nbsp;la renommée de l'empereur Charlemagne a dû donc arriver en Espagne de la bouche des pèlerins et a parcouru le Chemin Français&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, comme si le récit de l'embuscade pyrénéenne ne figurait pas déjà chez un Éginhard que l'on peut supposer connu en Galice avant l'arrivée des pèlerins. Cette <span class="dq_open">«</span>&nbsp;bouche des pèlerins&nbsp;<span class="dq_close">»</span> sert à dissimuler que l'archevêché de Compostelle a vraisemblablement joué un rôle non négligeable dans la genèse de l'affabulation rolandienne intéressée qui présente, sous la plume de l'archevêque Turpin, la conquête de l'Espagne par Charlemagne à l'appel de saint Jacques et le long du <span class="dq_open">«</span>&nbsp;chemin français&nbsp;<span class="dq_close">»</span>. Au demeurant, prétendre (p. 105) que le <span style="font-style: italic;">Guide</span> incite à <span class="dq_open">«</span>&nbsp;la visite des lieux ou s'étaient produits les miracles narrés dans le second livre du <span style="font-style: italic;">Codex</span>&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, repose sur une confusion, car ce texte invite seulement à visiter les sépultures des prétendues victimes de Roncevaux.            <br />       <br />  <br />
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une thèse non étayée</b></div>
     <div>
      Ces inexactitudes sont cependant négligeables au regard d'une difficulté   de méthode qui obère l'ensemble de cette contribution. Comme l'indique   son titre, elle est étroitement tributaire de la thèse même qui   sous-tend le projet de l'exposition et de l'ouvrage, à savoir que   Compostelle est un <span class="dq_open">«</span>&nbsp;centre&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, non seulement un centre religieux de dévotion   à l'apôtre, mais un centre laïque de rayonnement artistique et   intellectuel. Cette thèse paradoxale serait intéressante si elle était   argumentée. Mais l'article montre seulement que Compostelle n'était pas   un désert culturel, ce que personne n'a jamais prétendu.        <br />Il ne   montre pas que le niveau culturel de la ville dépasse une certaine   honnête médiocrité, celle que l'on peut attendre d'une cité tout   récemment promue siège d'un archevêché. Il n'est pas établi, ce qui est   dans la nature même de tout centre digne de ce nom et que l'on peut   assez bien suivre pour les institutions considérées à juste titre comme   telles, que des intellectuels célèbres ont quitté d'autres   établissements européens prestigieux pour venir enseigner à Compostelle   ni que des établissements européens en renom ont cherché à attirer chez   eux des maîtres formés à l'école de Compostelle.        <br />Aussi la thèse   du rayonnement culturel de Compostelle apparaît-elle plus que sujette à   caution et sa qualité de <span class="dq_open">«</span>&nbsp;centre&nbsp;<span class="dq_close">»</span> susceptible d'être versée jusqu'à nouvel ordre   au rang des vues de l'esprit.    Ce n'est pas en évoquant les deux   textes connus aujourd'hui et oubliés pendant des siècles que sont l'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> et le <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> que l'on peut faire   illusion.          <br />L'<span style="font-style: italic;">Historia   Compostellana</span>, écrite pour la plus grande part par deux Français,   Géraud de Beauvais, qui fut sans doute le responsable de l'école   épiscopale et Hugues, archidiacre de la cathédrale et futur évêque de   Porto, n'a connu que des copies espagnoles et, comme la plupart des   chroniques locales, n'a eu aucun rayonnement.          <br />La situation du   <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> est très   différente, si ce n'est exactement l'inverse. Son colophon le déclare   écrit nommément sur un axe Rome, Jérusalem, Cluny en évoquant les divers   pays d'où il vient : la Gaule, l'Italie, l'Allemagne et les Pays-Bas   (la Frise). Pas la moindre mention dans ce propos de Compostelle ou de   la Galice qui autorise à le déclarer rédigé ou même seulement copié dans   la capitale galicienne. Si, comme ici, l'on prétend le contraire, il   faudrait évidemment expliquer aussi pourquoi les Galiciens de jadis ont   été à ce point oublieux de soi qu'ils n'en ont pas revendiqué la   paternité et n'en ont tiré aucune fierté, puisqu'ils n'ont même pas   cherché à le faire connaître lorsque l'imprimerie en aurait permis la   diffusion. L'attribution du <span style="font-style: italic;">Codex   Calixtinus</span> à Compostelle ajoute simplement une imposture   scientifique de notre temps à cette supercherie religieuse du XIIe   siècle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un discours de propagande culturelle</b></div>
     <div>
      L'article ne vise qu'à collecter, dans la seule bibliographie espagnole   ou presque, les assertions propres à défendre une thèse préconçue.  Dans   la ligne exacte des instances politique et administratives qui   préfacent le volume, il s'agit toujours d'imputer, à la ville de   Compostelle une valeur centrale qui est un déni de sa situation   périphérique, tant géographique que culturelle. Ce prétendu centralisme   compostellan purement idéologique sert de prétexte à un discours   claironnant de propagande culturelle. Pour faire bonne mesure, on lui a   ajouté en 2010 un culte de la personnalité au profit du premier   archevêque, alors que, curieusement, seule une portion congrue a été   réservée aux instances religieuses dans cette pompeuse célébration.   Bonne occasion pour les scientifiques de montrer, non seulement dans   cette contribution hispano-française, que la « trahison des clercs » n'a   pas perdu de son actualité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>http://www.saint-jacques-compostelle.info/Une-contribution-francaise-a-la-propagande-compostellane_a93.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:www.saint-jacques-compostelle.info,2010:rss-2092253</guid>
   <title>Les années saintes du XXe siècle</title>
   <pubDate>Wed, 12 May 2010 10:46:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Louis Mollaret</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Histoire]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les années saintes à Compostelle au cours du XXe siècle peuvent être réparties en quatre groupes :
-          1909, 1915, 1920, 1926, les années d’avant-guerre. Seuls quelques cercles érudits s’intéressaient à Compostelle en dehors de l’Espagne. La documentation à leur sujet est très réduite
-          1937, 1943, 1948, 1954, les années de guerre, civile et mondiale, et d’immédiat après-guerre.
-          1965, 1971, 1976, années de transition, sans grand relief, sauf 1965.
-          1982, 1993 et 1999, qui ont marqué le démarrage progressif du pèlerinage contemporain.     <div><b>1926, l’Espagne est en guerre au Maroc</b></div>
     <div>
          <link href="file:///C:DOCUME~1JEANBA~1.BATLOCALS~1Tempmsohtml1clip_filelist.xml" rel="File-List" /><xml><w:worddocument><w:punctuationkerning><w:validateagainstschemas><w:compatibility><w:breakwrappedtables><w:snaptogridincell><style>   /* Style Definitions */   table.MsoNormalTable  	{mso-style-name:"Tableau Normal";  	mso-tstyle-rowband-size:0;  	mso-tstyle-colband-size:0;  	mso-style-noshow:yes;  	mso-style-parent:"";  	mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;  	mso-para-margin:0cm;  	mso-para-margin-bottom:.0001pt;  	mso-pagination:widow-orphan;  	font-size:10.0pt;  	font-family:"Times New Roman";  	mso-ansi-language:#0400;  	mso-fareast-language:#0400;  	mso-bidi-language:#0400;} </style>Le 25 juillet 1926, c’est l’Infant don Fernand de Bavière et Bourbon qui a prononcé l’invocation à l’apôtre au nom du roi Alphonse XII. Il a en particulier exprimé                               <br /></w:snaptogridincell></w:breakwrappedtables></w:compatibility></w:validateagainstschemas></w:punctuationkerning></w:worddocument></xml>                    <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">                    <div style="margin-left: 3px;">«&nbsp; les sentiments de vive gratitude à la vue de la façon dont Dieu a couronné les efforts de nos troupes au Maroc, leur permettant de réaliser enfin le testament de la plus auguste de nos reines, la grande Isabelle la Catholique ».</div></div>         <br /><xml><w:worddocument><w:punctuationkerning><w:validateagainstschemas><w:compatibility><w:breakwrappedtables><w:snaptogridincell>Dans sa réponse, l’archevêque de Compostelle a souligné que :                              <br /></w:snaptogridincell></w:breakwrappedtables></w:compatibility></w:validateagainstschemas></w:punctuationkerning></w:worddocument></xml>                    <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">                    <div style="margin-left: 3px;">« Les guerres les plus marquantes de l’histoire de l’Espagne sont des guerres de religion. Durant huit siècles, nous avons lutté contre les Maures […] et ensuite, la nation espagnole a été engagée dans une lutte religieuse contre les protestants. Au tournant du siècle nous avons été engagés contre les ennemis séculaires d’Afrique du Nord.                      La lutte actuelle au Maroc peut être qualifiée de religieuse, car s’il est bien certain que l’Espagne ne cherche pas à imposer sa religion par la force des armes, il n’en est pas moins qu’elle combat en Afrique en faveur d’idéaux élevés et nobles, ceux de libérer des régions qui furent chrétiennes d’une tyrannie fanatique et d’arriver à faire briller de nouveau sur elles la lumière du Christianisme et de la civilisation » .</div></div><xml><w:worddocument><w:punctuationkerning><w:validateagainstschemas><w:compatibility><w:breakwrappedtables><w:snaptogridincell>         <br />                              <br /></w:snaptogridincell></w:breakwrappedtables></w:compatibility></w:validateagainstschemas></w:punctuationkerning></w:worddocument></xml>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>1937 – 1954,  guerre et après-guerre</b></div>
     <div>
      L'année 1937 voit la reprise de l'ancienne coutume de l'offrande à saint Jacques qui avait été supprimée par la République. Durant cette année, des milliers d'officiers et de soldats nationalistes ont franchi la Porte Sainte pour venir demander la victoire à l'apôtre guerrier.       <br />Le 25 juillet 1937, le général Franco, étant retenu par la bataille de Brunette, le chef des Armées du Nord s’adresse en ces termes à saint Jacques :      <br />            <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">            <div style="margin-left: 3px;">« Fils du Tonnerre, Seigneur des batailles, Patron des Chevaliers, Semeur de notre Foi, Soutien de notre esprit, reçoit l’hommage d’un peuple qui lutte bravement pour suivre le chemin que tu lui as tracé et qui défend sa personnalité et son rang dans le monde »</div></div>      <br />La guerre civile ne permettant pas l'organisation de pèlerinages, le Pape Pie XI décide de prolonger l’Année Sainte en 1938. Le 25 juillet 1938, l’invocation à saint Jacques est prononcée par le ministre de l’Intérieur Serrano Surer ; en terminant, il implore saint Jacques de faire       <br />            <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">            <div style="margin-left: 3px;">« une Espagne, une, grande et libre, phare du monde et lien entre les nations, généreuse avec les égarés, mais ferme et dure comme Vous devant la trahison et les forces du mal ».</div></div>      <br />Le 25 juillet 1943, l'ambassadeur de France à Madrid se rendit en pèlerinage à Compostelle avec une petite délégation française pour remettre à la cathédrale un ciboire don du maréchal Pétain, ancien ambassadeur de France en Espagne.      <br />      <br />Première année sainte d’après guerre, 1948 a été riche en manifestations. Le 19 juillet, la médaille d’or de la cité de Santiago a été remise au saint patron de l’Espagne par le maire de la ville au nom de son Conseil. L’offrande du 25 juillet a été présentée par le général Franco. Dans une longue allocution, il retraça l’histoire de la christianisation de l’Espagne, ponctuée des manifestations de l’apôtre, jusque dans les derniers combats de Brunette et d’Oviedo, élargissant sa prière finale à toute l’Europe et exprimant le vœu que       <br />            <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">            <div style="margin-left: 3px;">« le chemin de Saint-Jacques s’ouvre au-delà du rideau de fer ».</div></div>      <br />Cette année fut marquée par l'attribution du prix Franco à un ouvrage monumental à la gloire de Compostelle réalisé par trois universitaires espagnols. Un article du Correo Galego indique que plus de 120 pèlerinages sont arrivés à Santiago avec un total de pèlerins excédant 166 000. Et le quotidien estime à un demi-million le nombre de personnes venues recevoir les grâces jubilaires.       <br /><span style="font-weight: bold;">      <br /></span>L’ouvrage cité en note cite un article du Correo Galego donnant des informations sur les pèlerins reçus à Santiago pendant cette année. Plus de 120 pèlerinages sont arrivés à Santiago avec un total de pèlerins excédant 166 000. Et le quotidien estime à un demi-million le nombre de personnes venues recevoir les grâces jubilaires.       <br />       <br />      <link rel="File-List" href="file:///C:DOCUME~1JEANBA~1.BATLOCALS~1Tempmsohtml1clip_filelist.xml" /><xml><w:worddocument><w:punctuationkerning><w:validateagainstschemas><w:compatibility><w:breakwrappedtables><w:snaptogridincell>L’année sainte 1954 est marquée par le climat de guerre  froide mais, contrairement à celle de 1948, l’affiche est plus paisible. Saint  Jacques est invoqué dans la lutte contre le communisme athée. En sa qualité de  président de <i style>Pax Christi</i>, le cardinal  Feltin, archevêque de Paris, accompagné de M. Lafay, président du Conseil municipal de paris, rejoint à Compostelle 200 étudiants français et européens  participant à la marche de la paix organisée par ce mouvement, le directeur en fut  le RP Bosc (<i style><span style="font-size: 10pt;">La  Croix</span></i><span style="font-size: 10pt;">, 18 et 19 juillet 1954</span>).  <i style>France Catholique, </i>qui à cette époque  paraît encore en grand format, titre un article du 16 juillet 1954&nbsp;:  «&nbsp;Quand ressuscite la grande marche de la chrétienté occidentale&nbsp;».  Pour l’auteur, «&nbsp;l’histoire de cette pérégrination, reste  à écrire&nbsp;», car «&nbsp;le <i style>Guide du  pèlerin</i> paraît avoir trop simplifié les itinéraires&nbsp;». Plus loin il  appelle curieusement «&nbsp;maquisards&nbsp;» les rois de Galice et d’Asturies  qui résistèrent aux Sarrasins.                  <br />                  </w:snaptogridincell></w:breakwrappedtables></w:compatibility></w:validateagainstschemas></w:punctuationkerning></w:worddocument></xml><span style="font-weight: bold;"><xml><w:worddocument><w:punctuationkerning><w:validateagainstschemas><w:compatibility><w:breakwrappedtables><w:snaptogridincell>  <br /></w:snaptogridincell></w:breakwrappedtables></w:compatibility></w:validateagainstschemas></w:punctuationkerning></w:worddocument></xml></span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>1965 -1976 </b></div>
     <div>
          <link href="file:///C:DOCUME~1JEANBA~1.BATLOCALS~1Tempmsohtml1clip_filelist.xml" rel="File-List" /><xml><w:worddocument><w:punctuationkerning><w:validateagainstschemas><w:compatibility><w:breakwrappedtables><w:snaptogridincell> L’année 1965 est marquée en France par d’importantes manifestations à l’initiative de René de La Coste-Messelière, le grand promoteur français de Compostelle. Il organise une grande exposition, une chevauchée sur le chemin de Compostelle et une cérémonie à Paris au cours de laquelle fut inaugurée une plaque de marbre offerte par l’Espagne à la ville de Paris. Scellée sur la tour Saint-Jacques, cette plaque, affirmant l’existence de millions de pèlerins, est, en France, la plus importante publicité mensongère de l’Espagne en faveur des chemins de Compostelle.      <br />En cette année 1965, une association espagnole analogue à la Société des amis de saint Jacques créée à Paris en 1950, fut formée à Estella, marquant le début d'un intérêt nouveau en Espagne, trop tard pour les premiers marcheurs, tels François Préchac qui confie à F.C. du 6 août 1965 ses premières notes de pèlerinage. Il n’y avait, bien sûr, pas de balisage, pas de guides pratiques, aucun refuge en dehors d’une cellule de monastère ou de la grange aimablement offerte. Le pèlerin de 1965 se heurtait à un monde dans lequel la mémoire du pèlerinage avait été très vivante, mais dont les vestiges physiques étaient peu respectés. Le même agriculteur qui lui offrait la nourriture et un abri dans sa grange aurait sans hésitation labouré un chemin où il disait que ses ancêtres avaient vu des pèlerins.                         <br />                         <br />A l’occasion de l’<span style="font-weight: bold; font-style: italic;">année sainte 1971</span>, le maire de Compostelle vint à Paris en février pour inviter le cardinal Marty et M. Delfour, président du Conseil Municipal de Paris, pour la journée de la France du 18 août (La Croix, 25 février 1971).                         <br />                         <br />En Galice, l’abbé Elias Valiña Sampedro qui avait publié, en 1967, une thèse de doctorat, étude historique et juridique du pèlerinage et du <span style="font-style: italic;">Camino</span>, après avoir restauré l'église et le village de O Cebreiro, porta son attention sur la route de pèlerinage.&nbsp; Il édita un manuel simple appelé <span style="font-style: italic;">Caminos de Compostelle</span>, assez petit pour tenir dans une poche et ne contenant que les informations utiles à un pèlerinage à pied. Ce fut le précurseur du guide plus approfondi commandité par le ministère espagnol du Tourisme en 1982</w:snaptogridincell></w:breakwrappedtables></w:compatibility></w:validateagainstschemas></w:punctuationkerning></w:worddocument></xml>
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>1982 - 1999</b></div>
     <div>
      En 1982, deux prêtres entreprirent ce qui était probablement le projet le plus essentiel pour faire revivre le <span style="font-style: italic;">Camino Francés</span>, son balisage. Le chanoine Navarro de Roncevaux balisa la traversée des Pyrénées par Ibañeta et l’abbé Don Elias Valinas, curé du Cebreiro, balisa la traversée de la Galice. Ainsi, ont vu le jour les flèches jaunes omniprésentes, qu’il a peintes sur des arbres, des rochers et des bâtiments en utilisant l'excédent de peinture fourni par l'administration des routes de Galice. Et les pèlerins de cette année-là se souviennent avec émotion des flèches en bois posées à même le sol dans l’attente des flèches peintes.              <br />Le grand événement de cette année 1982 fut le voyage du pape Jean-Paul II en Espagne pour la clôture des cérémonies du quatrième centenaire de la mort de sainte Thérèse d'Avila. A la fin de ce voyage, il consacra une journée à Compostelle, se présentant en pèlerin. De cette ville il lança un appel solennel à l’Europe qui est parfois présenté comme ayant été l’objet du voyage :               <br />                          <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">                          <div style="margin-left: 3px;">« … ô vieille Europe je te lance un cri plein d’amour : retrouve toi toi-même, sois toi-même, découvre tes origines, renouvelle la vigueur de tes racines, revit ces valeurs authentiques qui couvrirent de gloire ton histoire et firent bénéfique ta présence dans les autres continents. »</div></div>             <br />Léon XIII, confirmant en 1884 la présence du corps du saint à Santiago, ne se doutait pas qu’un siècle plus tard, un pape polonais ébranlerait, depuis ce sanctuaire, le mur dressé par le communisme en Europe. Ainsi, la défense de l’Eglise et la promotion de Compostelle apparaissaient-elles à nouveau liées. Cet appel fut suivi de la tenue à Compostelle des JMJ de 1989. Entraînant derrière lui la jeunesse européenne, le pape invite tous les pèlerins d’aujourd’hui, en évoquant ceux d’hier :     <br />        <div style="border-left: 1px solid rgb(196, 196, 196); margin-left: 12px;">        <div style="margin-left: 3px;">« ... arrivaient ici de France, d’Italie, d’Europe centrale, des pays nordiques et des nations slaves, des chrétiens de toutes conditions sociales, […] l’Europe tout entière s’est trouvée elle-même autour du mémorial de saint Jacques, aux siècles où elle s’édifiait en continent homogène et spirituellement unique ».</div></div>    <br />Moins affirmatif que Léon XIII sur l'existence des reliques, Jean-Paul II ne parle que du mémorial de l'apôtre. Moins emphatique que ses prédécesseurs, il s'inscrit néanmoins dans la lignée de leurs déclarations reprenant l’image de foules pèlerines se pressant à Compostelle. Il omet de dire que le sermon <span style="font-style: italic;">Veneranda dies</span> du <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> a détourné au profit de Compostelle la vision symbolique des foules d’élus en marche vers la Jérusalem céleste Apocalypse (7, 4 et 9), recopiant, en la complétant, la liste des peuples présents à Jérusalem pour la Pentecôte Actes des apôtres (2, 7-11). Jean-Paul II a ainsi confirmé l'erreur des premiers chercheurs, trop vite suivis par les journalistes, qui avaient transformé cette vision en « millions de pèlerins », mots sans signification pour les époques médiévales auxquelles ils les appliquaient.     <br />    <br />Malgré la venue de ce pèlerin célèbre, l'année 1982 n'a pas apporté beaucoup de pèlerins à Compostelle. 182 Compostela (certificats de pèlerinage) seulement y furent délivrées. Le pèlerinage contemporain ne se développa qu’avec l’année sainte 1993.     <br />    <br />          <span style="font-weight: bold;">L’année sainte 1993</span> est celle du véritable décollage du pèlerinage contemporain. Près de 100 000 pèlerins y furent enregistrés au Bureau des pèlerinages. En 1991 avait été créée la société de gestion du Xacobeo pour la promotion touristique et culturelle des chemins de Saint-Jacques. Elle mit en place des services aux pèlerins, un réseau d’auberges et des actions de valorisation du patrimoine. Près de 100 000 pèlerins furent enregistrés en 1993, manifestant son efficacité. Elle fut confirmée en 1999, dernière année sainte du XXe siècle, et seconde d'une nouvelle vie du sanctuaire galicien. Les années saintes ont alors définitivement changé de visage et une autre histoire a commencé. Des pèlerins du monde entier se joignent aux pèlerins espagnols. Compostelle est devenu un sujet rituel pour les médias, répétant régulièrement les mêmes lieux communs, bien rodés dès 1999 et colportés depuis par les pèlerins. Compostelle n'est plus un sanctuaire espagnol, elle est devenue un symbole européen. Le vœu exprimé par Franco est exaucé. Grâce à Jean-Paul II, les chemins de Compostelle ont passé le rideau de fer.    <br />              <br />              <br />
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     <br style="clear:both;"/>
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.saint-jacques-compostelle.info/Les-annees-saintes-du-XXe-siecle_a92.html</link>
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