Nouveaux regards sur Compostelle, le pèlerinage et les chemins de Saint-Jacques

71 + 7 = 1 L'équation de la Fondation


Rédigé par Fondation David Parou le 25 Juin 2018 modifié le 19 Novembre 2021

L’inscription au Patrimoine mondial des Chemins de Compostelle en France a été acquise en 1998 grâce à un artifice. Les chemins ne pouvant être inscrits en tant que tels l'ont été par l'intermédiaire de 71 monuments et 7 tronçons du GR 65 censés représenter l'ensemble. Les relations de la France avec l'Unesco et l'influence de fonctionnaires français au sein de cette organisation ont, seules, permis cette inscription. Elle donnait aux chemins en France la même importance qu'au Camino francés inscrit en 1993. Certains promoteurs français de cette inscription ne disaient-ils pas " l'Espagne a triché, pourquoi pas nous ? ".



Le livre qui posa et qualifia cette formule.

71 + 7 = 1  L'équation de la Fondation

En 2008, on pouvait entendre du Nord au Sud de la France dans les sanctuaires dédiés à saint Jacques « Ypassaientparlà ». La France commençait à s’approprier les chemins mais voyait dans le moindre de ses sanctuaires, dans les croix de chemins ou les coquilles une trace de passage des innombrables pèlerins annoncés par le justificatif de l’inscription :
Tout au long du Moyen Age, Saint-Jacques-de-Compostelle fut la plus importante de toutes les destinations pour d’innombrables et pieux pèlerins en provenance de toute l’Europe. Pour atteindre l’Espagne, les pèlerins devaient traverser la France, et les monuments historiques notables qui constituent la présente inscription sur la Liste du Patrimoine mondial jalonnaient les quatre routes qu’ils empruntaient.
Aucun historien n’avait trouvé ces innombrables pèlerins. L'enthousiasme de leur découverte au XIXe siècle et l'imagination des promoteurs du chemin au XXe avaient exagéré leur nombre.. Tous siècles confondus, on peine à en trouver un millier alors qu’on parlait de millions. Quant aux quatre routes, elles avaient été tracées au XXe siècle sur la base d’un manuscrit du XIIe siècle inconnu jusqu’à la fin du XIXe. La décision de l'Unesco reposait sur deux affirmations non vérifiées, devenues de véritables croyances. La Fondation entreprit alors  une étude des dossiers d'inscription pour comprendre comment ces affirmations avaient pu être validées par les experts de l'Unesco.
Nos recherches ont donné naissance au livre Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial, publié en janvier 2009. Son premier chapitre a pour titre
UNE EGALITE DIPLOMATIQUE : 71+7 = 1.
Il traduit notre conviction, qu'outre la qualité propre à chaque monument, dont plusieurs n'avaient rien à voir avec Compostelle, l'inscription fut acquise grâce à son « caractère exceptionnel ». Ces mots furent utilisés par le ministère de la Culture, en novembre 1996 dans la lettre demandant aux DRAC de préparer le « dossier  d'inscription des chemins de St-Jacques de Compostelle en France sur la liste du Patrimoine mondial ». Ne cachent-ils pas l'assurance de la mansuétude des experts de l'Unesco vis à vis de la demande de la France et la certitude d'une décision favorable ? Si les rapports étaient publics, aurions-nous eu la même impression de leur confiance aveugle dans les affirmations du dossier français ? 


Notre objectif en écrivant ce livre était « d’ouvrir des pistes de réflexion, de compléter et d’enrichir les informations données au public à propos de ces monuments » et de faire des propositions pour que la France tire le meilleur parti de cette inscription.
Nous résumons ci-dessous nos propositions, déclinées en trois paragraphes utilisant cette formule avec trois qualificatifs différents.

 

71+7= Une … Egalité mobilisatrice

Tel était le titre de la conclusion avançant nos propositions d’ensemble après que l’analyse des dossiers de chaque monument ait permis de faire des suggestions pour chacun d’eux.
Rappelant la déclaration de 1984 du Conseil de l’Europe recommandant « l’exemple du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle comme point de départ d’une action relative à d’autres itinéraires de pèlerinage », elle introduisait cette proposition :
« Voilà la clef, Compostelle est un symbole de tous les pèlerinages médiévaux »

71 + 7 = une mise en tourisme à inventer

Ce paragraphe faisait des propositions partiellement mises en application à partir de 2014. En particulier la nécessité de réunir les acteurs de terrains et de soutenir les initiatives locales. Et nous appelions aussi de nos vœux la convocation d’Etats généraux du Bien.

Par contre, nous avions souligné « qu’il ne s’agissait pas de gérer mais de faire vivre ». Pour cela nous proposions de « créer un discours commun basé sur l’histoire et non la géographie ». L’absence d’historiens dans les organismes responsables du Patrimoine mondial ne permit pas de donner suite à cette proposition.

71 + 7 = un patrimoine immatériel européen

La recommandation faite en 1984 par le Conseil de l'Europe, nous faisait écrire :
« ce sont bien tous les sanctuaires de pèlerinages
et tous les chemins y conduisant qui sont le vrai patrimoine de l’humanité »,
faisant apparaître une cohérence conforme au Critère III de l'Unesco, demandant que le Bien inscrit :
« apporte un témoignage unique [...] sur une tradition culturelle […] vivante ou disparue ».
Seul pertinent, ce critère n’avait pas été retenu. Lui seul aurait donné un sens à la formule 71+7=1 ».

 


Le devenir inattendu de cette formule

En 2013, le préfet de la région Midi-Pyrénées fut désigné pour la mise en œuvre du plan de gestion du bien « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France » et de sa zone tampon. A cette fin, il fit éditer un Guide méthodologique qui reprit fort mal à propos la formule 71+7=1. 
Pour nous elle avait vocation à mobiliser en vue de l’unité. Conformément aux demandes de l'Unesco, il fallait au contraire imposer aux propriétaires des 71 monuments des mesures de protection spécifiques à chacun sans rapport avec les chemins.
Utiliser cette formule n’avait pas de sens autre que d’entretenir l’illusion d’un Bien unique.
La promesse d'appliquer ces mesures à chaque monument permit enfin à la France d'obtenir une Déclaration de Valeur Universelle Exceptionnelle de ces 71 monuments appelés collectivement Chemins de Compostelle en France.

Avec pour résultat un engouement croissant pour ces chemins et beaucoup de dépenses inutiles.


 

Fondation David Parou