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Charles VI, la dévotion du désespoir, étape n° 36

21 Avril 2020

Charles VI (1368-1422) a hérité de son père une admiration pour Charlemagne et la dévotion à saint Jacques. Il en témoigna très tôt et tout le long de son règne marqué par une maladie mentale incurable, malgré soins, prières et pèlerinages.



Des décisions symboliques

Le sceptre dit de Charles V (Musée du Louvre)
Le sceptre dit de Charles V (Musée du Louvre)

Le 28 janvier 1389, le jour de saint Charlemagne, il redonne au « roi de France et empereur » la place qu’il occupait sous son père.
Il rappelle ainsi la volonté de Charles V de placer sa dynastie dans l'héritage de Charlemagne.
L'année 1389 est marquée par deux autres décisions :
Il institue un second « jour saint Charles », jour de sa translation, le 30 juillet.
Présent en Avignon il a accepté de figurer sur le tombeau gigantesque du cardinal de Lagrange qui y fait représenter la famille royale.


Tombeau du cardinal Lagrange, saint Jacques présente Charles VI
Tombeau du cardinal Lagrange, saint Jacques présente Charles VI
De ce tombeau, de 15 mètres de hauteur, ne reste qu’un dessin et de rares statues, dont, à mi-hauteur, celle de Charles VI agenouillé devant la Nativité. Il est présenté par saint Jacques, montrant sa dévotion à son égard.

1392 le drame

L'accès de folie de Charles VI
L'accès de folie de Charles VI

A la tête de ses troupes, Charles VI sort du Mans en août 1392 lorsqu’un vieillard se précipite devant lui et l’arrête « roi n’avance pas, car tu es trahi ». On le chasse. Plus loin, il est midi, la chaleur est torride, une lance tombe en faisant du bruit et réveille le roi somnolant sur son cheval. Il sort son épée et attaque tout son entourage, dont son frère. Il tue quatre cavaliers avant d’être ceinturé, ligoté et ramené à Paris où il reste inconscient pendant deux jours. C’est le début de trente années d’un règne jalonné de crises qui se rapprochent et s’aggravent au fil du temps.


Médecine ou prières pour guérir le roi ?

Dans les premières années s’est développée une lutte sourde au chevet du malade, opposant les médecins qui avaient la haute main sur les traitements et les religieux qui proposaient des neuvaines, sans aucun doute dans les sanctuaires pour les fous, du type Saint-Mathurin-de-Larchant où le malade était enchaîné jour et nuit au pied du saint guérisseur.
Ou à Bonnet (Meuse) dont les scènes des fresques du XVIe siècle,  présentent les traitements proposés, exorcisme et enfermement.

 

Dessin d'une des fresques de Bonnet
Dessin d'une des fresques de Bonnet

Technicales médicales

Les meilleurs médecins se sont relayés à son chevet, 74 a-t-on compté. Ils connaissent la folie, mais la soignent comme ils peuvent. Ils auraient même pratiqué la trépanation, pour évacuer les « humeurs ». Au XIIe siècle, un médecin italien donne sa technique, illustrée bien plus tard par Jérôme Bosch (musée du Prado, Madrid) :

« Tranchez le cuir au sommet du chef en croix, et faites un trou dans la tête, qu’on voie le cerveau. Liez fermement le fou. Guérissez la plaie… »

Une trépanation, par Jérôme Bosch (musée du Prado, Madrid)
Une trépanation, par Jérôme Bosch (musée du Prado, Madrid)

Prières et pèlerinages

On envoie le poids de Charles VI, en cire, dans plusieurs sanctuaires spécialisés. Dès qu’une crise est passée, le roi se rend en pèlerinage à Notre-Dame de Paris ou à Saint-Denis. En 1394, il va au Mont-Saint-Michel, en 1395 à Notre-Dame-du-Puy, le jour de l’Annonciation le 25 mars.

Dès le début, un écuyer « pèlerin du roi », a sillonné le royaume avec une troupe de cavaliers.  En 1395, il fait naufrage en revenant de Saint-Jacques et se retrouve sans le sou à Lille, « ayant perdu toute sa compagnie, ses chevaux et avoir ».

Il raconte qu’auparavant il est allé prier et porter des offrandes à

« Notre-Dame de Trence ( ?), Saint-Nicolay de Warengeville (Lorraine), Saint-Thibault (Côte-d’Or), Saint-Martin (à Tours), Saint-Fiacre (en Brie), de Notre-Dame de Chartres, Saint-Julien du Mans, du Mont Saint Michel, de Notre-Dame du Puy en Auvergne, de Roche Madour (Rocamadour) ».


Le mal empire

En 1400, les médecins reconnaissent qu’ils n’y comprennent rien, ce qui est remarquable pour des savants réputés.

Les prières et pèlerinages n'ont pas eu plus d'efficacité.

Parallèlement, dans le royaume se multiplient les processions publiques pour prier pour la guérison du roi, le roi sacré qu’il est impossible de déposer.


saint Jacques

Naturellement il se tourne aussi vers saint Jacques tout au long de sa maladie. C’est ainsi que les comptes de l’hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins mentionnent, en 1397,

« le don du roi notre sire, le dimanche 28e jour de janvier, fête de S. Charles, quand il vint en pèlerinage à monsieur saint Jacques »

La maladie s’aggravant, il va en pèlerinage à Saint-Jacques de la Boucherie.  En 1411, il relève d’une longue « absence » qui durait depuis janvier :

« Le 25e jour de juillet qui fut le jour de la fête de monseigneur saint Jacques, fut le roi notre Seigneur en pèlerinage en cette église ».

Le 1er août 1414, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie on

« chante solennellement une messe pour le bien, état et santé de la personne du roi notre sire ».

Et encore, en décembre 1414, le trésor royal verse 15 livres au vicomte de Gournay pour une offrande faite au doyen et chapitre de l’église de Saint-Jacques de Compostelle.
Faute de l'avoir guéri, saint Jacques l'attendait au bout de la Voie lactée en 1422, comme il en avait manifesté l'espoir dans la sculpture d'Avignon.

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Demain
 


Les Etoiles du Patrimoine Saint-Jacques de l'étape

 
Etoiles :
Charles VI est une étoile parmi les rois pèlerins de saint Jacques (ou Saint-Jacques), selon la définition adoptée par les partenaires
Le sceptre, évidemment
Constellations :
Personnages présentés par saint Jacques sur un monument, un vitrail ...