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Chevaliers - pèlerins de père en fils, étape n°11

28 Mars 2020

En 1386, parmi les chevaliers qui accompagnaient le duc de Bourbon —et qui ont pris la fuite—se trouvait un jeune chevalier, Jean II Le Meingre, dit « Boucicaut », âgé de 22 ans. Il a dû être fort marri de leur échec car son père avait été, lui, un vaillant chevalier qui avait été fait prisonnier des Anglais lors de la défaite de Crécy en 1346. Il l’avait peu connu, mais il savait qu’il était allé à Compostelle en 1354, avec douze chevaliers, grâce à une permission du roi d’Angleterre



Jean II le Meingre (Heures-de-Boucicaut)
Jean II le Meingre (Heures-de-Boucicaut)




Peut-être pour effacer l’expédition désastreuse, il a eu à cœur de prouver ses qualités de valeureux chevalier. Valeur physique en participant aux expéditions militaires (Il a 25 ans lorsque le roi lui remet le bâton de maréchal, à Tours, en 1391). Valeur morale en devenant membre de la Cour amoureuse. Cette « compagnie » placée sous le patronage du roi Charles VI, fut fondée en 1401 à l’initiative du duc de Bourbon (le même) et du duc de Bourgogne. L’esprit était de redécouvrir l’esprit chevaleresque du temps du roi Arthur. Je découvre aujourd’hui qu’ils avaient une autre raison très actuelle : se détendre durant « cette déplaisante et contrariante épidémie de pestilence courant en ce très chrétien royaume »….
La vie de Boucicaut est racontée dans le Livre des faicts, où s’exprime sa dévotion : « … il va très volontiers en pèlerinage dans des lieux dévots tout à pied, en grand dévotion, et prend grand plaisir de visiter les saintes places et les hommes qui servent Dieu ».
 
 
 

Sainte-Catherine de Fierbois aumônerie (cl. D. Aurin)
Sainte-Catherine de Fierbois aumônerie (cl. D. Aurin)
En 1408, près de son château de Comacre à Sainte-Catherine-de-Fierbois (en Touraine), il fonde une chapelle « en l’honneur de saint Jacques » près de laquelle il ajoute, en 1415, « un hôpital et aumônerie pour héberger les pauvres et accomplir les œuvres de Miséricorde », auquel il annexe un cimetière, 9 arpents de terre. Une messe basse doit y être dite chaque jour. Il a le projet de repartir à Compostelle car il obtient un sauf-conduit du roi d’Aragon pour passer la frontière. Le texte de ce sauf-conduit montre quel est le train d’un noble pèlerin : 
« Pour que vous, qui êtes notre noble et dévot Jean Le Meingre dit Boucicaut, chevalier, maréchal de France, qui proposez de visiter la basilique du bienheureux Jacques de Galice et d'autres tombeaux de corps saints, pour que vous soyez plus sûrement sain et sauf dans les royaumes et nos terres […] nous vous assurons une escorte pendant trois mois. […] C'est pourquoi nous demandons à tous nos fidèles et officiers placés dans nos territoires, après leur avoir fait connaître par écriture publique l'annonce de votre déplacement [d’assurer votre sécurité et celle de votre] escorte de 100 écuyers, de serviteurs, d'esclaves, de chevaliers et de fantassins, [et de tous vos biens] or, argent, perles, besaces, pièces de monnaies, bijoux, ustensiles, vases et de tous vos biens et ceux des vôtres, quels qu’ils soient ».

Tombeau de Jean II Le Meingre, Basilique Saint-Martin Tours
Tombeau de Jean II Le Meingre, Basilique Saint-Martin Tours
Mais Boucicaut n’a pas pu partir car, le 15 août 1415 il fut nommé capitaine de Normandie et, le 25 octobre, fait prisonnier à Azincourt au court de la bataille catastrophique où fut décimée la « fine fleur » de la chevalerie française. Il fut emmené en Angleterre où il mourut captif en 1421, au manoir de Mecheley, diocèse d'York. Plus tard, il fut enterré près de sa femme à Saint-Martin de Tours, dans la chapelle familiale vouée à saint Martin.
Parmi les nombreuses clauses du testament de son épouse, Antoinette de Turenne, figure celle-ci :
Item je veux et ordonne être donnée, pour envoyer un pèlerin à Saint-Jacques en Galice et pour les offrandes qui seront faites en l’église 25 francs, et pour la peine du pèlerin 20 francs.
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Pour en savoir plus
Voir un article de la revue SaintJacquesInfo
sur les pèlerins en Région Centre
ici et maintenant
 
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Demain, quand la justice punit en envoyant le coupable en pèlerinage.