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Coquillard, n° 17

3 Avril 2020

Dans l’imaginaire pèlerin actuel, le mot « coquillard » évoque les faux pèlerins qui hantent les routes de Compostelle en profitant des avantages concédés aux vrais pèlerins, voire en les volant. Qu'en fut-il dans l'histoire ?



Un chef coquillard, au milieu de ses semblables mendiant aux abords d’une chapelle. Frontispice des Gueux de Jacques Callot
Un chef coquillard, au milieu de ses semblables mendiant aux abords d’une chapelle. Frontispice des Gueux de Jacques Callot
Un premier sens apparaît dans la littérature au début du XVIIe siècle, au moment où justement, se multiplient les pèlerinages à Compostelle que les rois se préoccupent de réglementer. Un second sens vint, plus tardivement, du souvenir d’une bande de mauvais garçons arrêtés à Dijon en 1455, dite de « La Coquille », d’où le nom de « Coquillard ». Regnier de Montigny dont nous avons vu la triste histoire, en fit partie. (Aucune allusion à Compostelle dans les nombreuses pièces de son procès).

Dans son livre publié en 1629, Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé Ollivier Chéreau donne trois sens au mot « coquillard » : un honnête pèlerin de Compostelle, un membre plus ou moins honnête du métier des merciers ambulants et enfin, plus étonnant, un synonyme de chemin de Saint-Jacques.


Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé
Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé
Voici ce qu’il en dit :
 
« Coquillards sont les pelerins de Sainct Jacques, la plus grand part sont véritables & en viennent. Mais il y en a aussi qui truchent (mendient par fainéantise) sur le coquillard (ici, le chemin), & qui n’y furent jamais (à Compostelle), & qu’il y a plus de dix qu’ils n’ont fait le pain bénit en leurs paroisses (sont allés à la messe) & ne peuvent trouver le chemin à retourner en leur logis ; ils ne fichent que floutière (ne donnent rien) au grand coëfre (chef) ».
Ollivier Chéreau, tel qu’il se définit, a bien pu faire partie de ces marchands ambulants mauvais garçons, groupés sous l’autorité de chefs. Ayant pris de l’âge et devenu un « bon pauvre » il  prit boutique à Tours. Le titre de son livre le laisse à penser :
 
Le jargon ou langage de l’argot réformé.
Comme il est à présent en usage parmy les bons pauvres.
Tiré et recuilly des plus fameux argotiers de ce temps.
Composé par un pillier de Boutanche, qui maquille en molache la Vergne de Tours.
[Composé par un commis de boutique,
qui travaille la laine en la ville de Tours]

Augmenté de nouveau dans le Dictionnaire de mots plus substantifs de l’argot, outre les précédentes impressions,
par l’auteur.
 
Quant au troisième sens, s’il y eu des « coquillards sur le coquillard », ce ne fut pas au Moyen Age, mais aux temps troublés des guerres de Louis XIV et Louis XV qui ont contribué à l’appauvrissement des populations qu’ils ont jetées sur les routes à la recherche de jours meilleurs.
 
L’image ci-dessous est une image d’Epinal qui illustre ces gueux qui mendient sur les routes en empruntant le costume du pèlerin. Qui n’a pas rencontré l’un de ces pieux Tartuffes ?

Donnera-t-on quelque chose à crédit ? Quand le coq chantera, crédit on donnera.

Quand faire crédi ? (Image d'Epinal)
Quand faire crédi ? (Image d'Epinal)

Le gendarme

En attendant l’heure d’entrer. Je fume ma pipe. Si le coq ne veut pas chanter. Je lui coupe les tripes.

Le sergent

Je suis un pauvre sergent. Toujours sans argent. L'aiguille ne veut pas avancer. Et le coq ne veut pas chanter.

Le bûcheron

Si l'aiguille n’avance pas. Tout à l'heure je me fiche. Si le coq ne chante pas. Je le tue à coups de hache.

Le pèlerin

Moi qui reviens. Lassé d'un long pèlerinage. Je voudrais bien du vin. Pour achever mon voyage.
 

Mauvais payeur, qui entrez céans.
Remarquez bien ce CADRAN.
Quand l'aiguille marquera Midi,
on vous donnera à crédit.

*    *
*

Demain : Comment est arrivée à Compostelle la relique du chef de saint Jacques.

Ensuite : quelques jours autour des reliques de saint Jacques