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Du danger de parler des hérésies pour les combattre, étape n°15

30 Mars 2020



Je risquerai gros demain
vous ai-je écrit hier.
 
Si les menaces énoncées par le premier Livre du Codex Calixtinus  étaient encore d'actualité, je risquerais l'anathème, l'excommunication ! Et pourquoi ?
Parce que je vais vous parler des hérésies que ce célèbre manuscrit dénonçait. Et cette menace concernait « quiconque ose écrire encore quoi que ce soit à leur sujet ». Je serais un de
« ces insensés, tombés dans l’hérésie, qui prétendent ou osent mettre par écrit [ des légendes] au sujet de saint Jacques et de sa translation ».  
Et pourtant,  l'histoire nous a transmis nombre de textes ou d'images  qui nous ont fait connaître ces hérésies, diffusées ça et là. 

Hérésie 1 : Jacques et Jésus sont jumeaux

Jésus et Jacques au portail de la cathédrale d'Amiens
Jésus et Jacques au portail de la cathédrale d'Amiens
« Certains disent, ce qui est aberrant, qu’il a été le fils de la mère de Dieu, parce qu’ils ont entendu de l’Évangile que Jacques est désigné comme frère du Seigneur ». 

Pour Grégoire de Tours (IVe siècle), l’un des apôtres est Jacques le Juste, l’autre le Frère du Seigneur.  Les fidèles du Moyen Age s'en souciaient peu et confondaient les deux Jacques.

Jacques de Voragine (XIIIe siècle), se référant à saint Ignace (IIe siècle), estime que Jacques est réellement le frère du Seigneur tant il ressemblait « à Jésus-Christ de figure, de vie, de manière d’être comme s’ils avaient été deux jumeaux de la même mère ». 
A Amiens, « la ressemblance est sensible », selon Emile Mâle, le grand historien d’art du début du XXe siècle.

Hérésie 2 : Le corps de l'apôtre n'est pas arrivé en barque

Saint Jacques arrivant de Jérusalem sur un rocher
Saint Jacques arrivant de Jérusalem sur un rocher
« D’autres déclarent qu’il serait venu de Jérusalem assis sur un rocher, traversant les vagues de la mer sans radeau pour accomplir la mission que lui avait impartie le Seigneur, et qu’une partie de ce rocher serait restée près de Jaffa. J'ai constaté moi-même que cette fable est mensongère. Lorsque je vis ce rocher, j’ai reconnu qu’il venait de Galice ».

L’histoire était connue de quelques imagiers, et longtemps après puisque, dans les années 1500, ce peintre flamand anonyme peint sur un livre d’Heures cette scène où saint Jacques, mort (il a les yeux clos) navigue paisiblement, assis sur un rocher, avant d’aborder au palais de la reine Lupa (au bas de la miniature).

Hérésie 3 : Incitation au pèlerinage ou vraie conversion ?

Jésus transmets ses pouvoirs à saint Jacques
Jésus transmets ses pouvoirs à saint Jacques
« D’autres disent que le Seigneur aurait enlevé devant lui  l’écorce d’une verge et lui aurait promis que, de même que cette verge fut dépouillée de son écorce, de même les croyants qui viendraient à son tombeau seraient lavés de leurs péchés ».

Cette image  de Jésus tendant une verge à saint Jacques se retrouve très souvent. Dire qu'il suffit d'enlever l'écorce est bon pour inciter au pèlerinage. Mais la véritable conversion est de se purifier de l’intérieur, jusqu'à l'âme.

D’autres interprétations voient dans ce geste un transfert de pouvoirs, ou le don de la prédication. L’image ci-dessus, extraite d’un bréviaire dominicain de saint Louis, date du XIVe siècle.

L'hérésie la plus scandaleuse : Compostelle, compagne de saint Jacques !

Une vigne de Galice
Une vigne de Galice
La dernière image contestée n’a jamais été commentée ! Qui osera s’y risquer ?
« D’autres déclarent que saint Jacques aurait maudit la terre de Galice, de telle sorte qu’elle ne porte plus de vigne. Cela serait advenu, parce que, dit-on, une certaine femme du nom de Compostelle se serait endormie pour avoir bu trop de vin, tandis que l’apôtre reposait sur ses genoux. Avant de se reposer, il lui aurait ordonné de guetter le moment où arriverait le Seigneur venu visiter son église, et de l’annoncer. Elle ne l’a pas fait.
D’où la malédiction… Historiquement, la culture de la vigne en Galice est datée de l’époque romaine. Elle aurait même été étendue à partir du IXe siècle.
 
***
 
Demain un autre pèlerinage pénitentiel