Nouveaux regards sur Compostelle, le pèlerinage et les chemins de Saint-Jacques
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La Société 1963 - 1978

Denise Péricard-Méa

La participation de René à la chevauchée de 1963, les contacts personnels qu'il prit à cette occasion et le voeu d'Henri Roque lui donnèrent des idées et une nouvelle énergie pour les mettre en oeuvre. En rentrant, il n'eut qu'un seul objectif, l'année sainte 1965.
La chevauchée promise par Henri Roque ne fut qu'un élément d'un ensemble de manifestations qui servirent de modèle pour longtemps à l'action de la Société.



PÈLERINER dé-CONFINÉS
Avec Denise Péricard-Méa et les Constellations Saint-Jacques
Etape n°76

1965 Un nouvel élan donné à la Société

La tour Saint-Jacques
La tour Saint-Jacques




Ayant pris conscience de l'importance des années saintes dans la politique espagnole de promotion de Compostelle, René de La Coste-Messelière mobilisa la Société pour que Paris célèbre 1965 avec panache et prestige.

Il donna un caractère international à de nouvelles chevauchées de Compostelle. Il leur inventa un point de départ historique prestigieux confortant la notoriété et la promotion des chemins en France, offrant pour cela à l'Espagne la tour Saint-Jacques qu'il appela
« la plus haute borne sur les chemins de Compostelle ».

 

A cette occasion une plaque commémorative fut offerte par l'Espagne à la ville de Paris. Le prestige de ce point de départ fut enrichi de la mémoire des millions de pèlerins imaginés au début du XXe siècle. Au mépris de l'histoire, ils nourrissent l'imaginaire pèlerin et font rêver les touristes.
Cette plaque devrait aujourd'hui trouver sa place dans un musée Saint-Jacques offrant une vue d'ensemble du patrimoine Saint-Jacques de Paris et présentant le rôle joué par les intellectuels français dans la promotion des chemins de Compostelle, du XIXe siècle à nos jours et en particulier celui de René de La Coste-Messelière
Texte de la plaque offerte par l'Espagnee
Texte de la plaque offerte par l'Espagnee

Enfin une exposition

 A son retour de Compostelle, fin 1963, René lança la grande enquête souhaitée par Jean Babelon. La moisson de documents fut telle que l’exposition tant attendue put enfin être organisée, en juin 1965 aux Archives Nationales à Paris.  Elle rassembla plus de 700 objets, statues, tableaux, estampes, venus des plus grands musées et bibliothèques de France et d’Europe.

Inimaginable aujourd’hui où les expositions sur le même sujet ne sont que des séries de panneaux-photos reproduisant à l’infini les mêmes images ! Elle fut accompagnée de diverses manifestations, journées d'études, récital de musique et chants de pèlerins et de la publication d'un catalogue (16 articles et une simple nomenclature des oeuvres), modeste mais fondamental pour mieux comprendre l'action de la Société, intitulé Pèlerins et chemins de Saint-Jacques en France et en Europe.

Il en est resté une belle collection de fiches normalisées que René de La Coste m'a confiées. Enrichies et modernisées,  elles sont devenues la base de données actuelle de la Fondation présentant le patrimoine Saint-Jacques.

Couverture du livret de l'exposition de 1965
Couverture du livret de l'exposition de 1965

1967 L'exposition de Cadillac, née de la chevauchée de 1963

Deux ans plus tard,  l’hôpital psychiatrique de Cadillac-sur-Garonne commémorait son 300e anniversaire et souhaitait évoquer le pèlerinage à Compostelle par une exposition. Son sous-directeur, Jacques Camel, ayant participé aux premières étapes de la chevauchée de 1963, suggéra le nom de René de La Coste-Messelière. Il lui donna ainsi l’opportunité de réaliser une exposition dotée d'un véritable catalogue, fabriqué par les ateliers de l’hôpital et l’imprimerie locale. Pendant des semaines tout le personnel technique de l’hôpital  et l'exposition dépassa en splendeur celle de Paris.

Ce catalogue contient  777 notices indiquant la nature de l’œuvre et sa provenance. Nombre de celles-ci sont complétées d’une fiche d’étude assortie d’une bibliographie sérieuse. Une véritable mine d’informations incluant, comme le lieu le demandait, des instruments de chirurgie et des livres de pharmacopée, des pots de pharmacie, etc
Il fut pour moi une véritable Bible dans mes recherches sur le patrimoine.
 


A partir de là, les expositions s’enchaînent, bien plus modestes mais souvent assorties de journées d’études. Parmi elles, en 1970, Les chemins de Saint-Jacques en Gascogne avec le Comité gascon d’études compostellanes, en 1975 Soulac et le Médoc dans le pèlerinage de Compostelle, en 1976 Parthenay, le Poitou, l’Angoumois et la Saintonge et le pèlerinage de Compostelle ... Elles furent souvent accompagnées de conférences et de publications exposant les résultats des recherches de la Société ou de chercheurs 

Voici une image de la couverture du catalogue de 1965,  première de ces publications. René de La Coste y plante le décors de l'action entreprise en 1965 :
« elle a pour objet de définir le rôle du pèlerinage de l'apôtre dans le développement de la civilisation occidentale du Xe siècle, à nos jours et d'évoquer la pérégrination à son tombeau ».
Couverture du catalogue de l'exposition de 1965, d'après
Couverture du catalogue de l'exposition de 1965, d'après

La recherche à la Société, entre rigueur et fantasmes

Entré à la Société (Lettre 72), René de La Coste partageait avec les fondateurs l'ambition  de faire revivre les chemins des pèlerins médiévaux. Tous appelaient de leurs vœux un sérieux travail collectif de recherche.  Dans le livret de l’exposition de 1965, il constatait que
 
« ces milliers d’hôpitaux pour voyageurs parmi lesquels les pèlerins étaient tenus pour privilégiés n’ont pas encore donné lieu à des travaux d’ensemble ».
Mais, pris par leur enthousiasme, aucun d'eux n'avait songé à remettre en cause les affirmations jamais validées  du début du siècle. Avant même que la recherche ne soit entreprise, René lui-même en affichait les conclusions en faisant graver la plaque de la tour Saint-Jacques. En 1978 encore, récemment élu président, il laissait Barret et Gurgand proclamer sur la 4e de couverture de Priez pour nous à Compostelle :
« Par milliers, par millions, la besace à l'épaule et le bourdon au poing, ils quittaient les cités, les châteaux, les villages et prenaient le chemin de Compostelle ».
Ainsi était René, tiraillé entre le rêve de ses prédécesseurs et sa formation professionnelle. Son sage programme aurait exigé de commencer par une analyse du Guide du pèlerin, ses origines, sa finalité, son aire de diffusion… Tout à sa passion pour Compostelle, il n’a pas cherché à creuser, persuadé que les travaux allaient confirmer les hypothèses en prouvant que les hôpitaux étaient nés de foules en route pour la Galice.
En 1983, lorsqu’il m’a incitée à devenir chercheur universitaire, c’est bien ce vœu ancien d’un travail scientifique d’ensemble qui ressurgissait.