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Le Conseil de l'Europe et Compostelle : l'audace

En 1879, des ossements découverts dans la cathédrale de Compostelle sont attribués à l'apôtre Jacques et à ses disciples. Cette décision est approuvée par le pape Léon XIII en 1884. Le sanctuaire galicien est sauvé. Il faudra ensuite l'impulsion donnée par Franco et l'action des associations de pèlerins soutenues par une association française créée en 1950, pour aboutir à la décision de 1987.

22/12/2017


Une décision audacieuse

En 1987, le Conseil de l’Europe a montré une belle audace en choisissant les « chemins de Compostelle » comme premier Itinéraire Culturel Européen. Il cherchait les bases d'une identité commune à tous ces pays aux nationalismes exacerbés. Il fallait trouver comment unir des pays aussi différents que la Norvège et l’Italie, ou des pays dont la réconciliation devait être renforcée, comme la France et l’Allemagne. Admise au Conseil de l'Europe en 1977, intégrée en 1985 dans la Communauté économique en construction, elle demandait  la promotion d’un itinéraire conduisant à un sanctuaire catholique ! Elle rappellait aux Européens l'importance de la " mémoire collective " rattachée à Compostelle. De nombreux papes avaient affirmé que des foules venues de toute l’Europe s’y étaient rendues depuis des siècles, tout en mêlant leurs cultures respectives. Mais comment les Protestants allemands pouvaient-ils accepter une telle proposition ? Comment les laïcs français allaient-ils l’interpréter, eux qui avaient œuvré à la séparation de l’Eglise et de l’Etat ? Comment les Pays-Bas n’allaient-ils pas se ressouvenir de la domination espagnole ? Comment des esprits cartésiens de partout allaient-il cautionner des manifestations pèlerines qu’ils pensaient réservées à des naïfs en quête de miracles, exploités par un mercantilisme habile ? En fait, les bases étaient jetées dès les années 1960 par quelques intellectuels, dont le plus connu en France est resté René de La Coste-Messelière. Cette idée ingénieuse avait déjà fait ses preuves. Elle avait germé dès la fin de la guerre civile en Espagne.

Une voie préparée par Léon XIII et Franco

En reconnaissant en 1884, les restes de l’apôtre Jacques et de ses compagnons, découverts en 1879, le pape Léon XIII avait réveillé Compostelle. Pendant la guerre civile Franco avait combattu sous la bannière de saint Jacques Matamore, une fois la guerre terminée il voulut faire oublier le combattant en mettant en avant le doux apôtre. Il serait celui qui rouvrirait l’Espagne au reste de l’Europe. Dans son discours du 25 juillet 1948il a demandé à saint Jacques " d'ouvrir les chemins de Saint-Jacques jusqu'au-delà du rideau de fer "

Compostelle phare dans l’Europe en guerre

Pendant les années noires, Compostelle était restée en Europe « comme un phare » selon l’expression de Charles Pichon, journaliste catholique, qui n’a cessé de voir dans le pèlerinage une chance pour la paix et la réconciliation. L’action de cet homme, trop peu connu, mérite d’être soulignée. En 1938, il obtint l’autorisation d’organiser un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle sous la condition expresse que les pèlerins s’abstiendraient en Espagne de toute activité politique. Trois cents participants répartis dans sept autocars furent accompagnés par les autorités espagnoles et les dirigeants du tourisme. Durant toutes les années de guerre, Charles Pichon a plaidé en faveur des pèlerinages comme facteurs de paix en Europe, sans parvenir à en organiser. En 1950, il fut parmi les membres fondateurs de la Société française des amis de Saint-Jacques et membre de son Conseil d'Administration. Il organisa en 1951 un pèlerinage conduit par Mgr Blanchet, recteur de l'Institut Catholique de Paris.

1962 Interventions du gouvernement et de l'archevêque

L'année 1962, fut marquée par deux événements, la revalorisation du camino francés, promu au rang de « patrimoine historique national » par décret et la visite au Puy de l’archevêque de Compostelle Mgr. Quiroga y Palacios pour la commémoration du millénaire de la consécration par l'évêque Godescalc, de la chapelle de Saint-Michel l’Aiguilhei où il présida la cérémonie. Il fut accueilli au Puy par l’évêque Mgr Dolzome, accompagné, entre autres personnalités, par Charles Pichon, président du comité France-Espagne.

IMG9 Saint-Jacques des Blats

Sur la route du Puy, Mgr Quiroga s’arrête à Saint-Jacques des Blats
 
i Contrairement à la publicité de la ville du Puy, cette construction n’a pas de lien avec le pèlerinage à Compostelle. Elle fut le fait d’un chanoine de la cathédrale souhaitant marquer sa dévotion à saint Michel.
(recherches personnelles de JMF, pèlerin du Puy).

1965, Entrer en Europe par saint Jacques

Un article du Diaro de Burgos du 24 mai 1965 résume les ambitions espagnoles. Intitulé « Une Europe par saint Jacques » il analyse les ambitions d’une certaine jeunesse européenne qui souhaitait venir à Compostelle en pèlerinage et espère que ce rapprochement aidera à l’intégration de l’Espagne dans l’Europe, cette Espagne, déplore-t-il « condamnée à l’isolement par l’Europe ».
Dès lors on comprend mieux l’activité déployée par les Espagnols dès leur entrée au Conseil de l’Europe. Elle aboutit, en 1987, à la définition du Premier Itinéraire culturel européen, magnifique couronnement de tant d’efforts soutenus en particulier par l'action d'une association française. Tout le reste en a découlé.

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Denise Péricard-Méa

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