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Les rois de France et Compostelle

27 Août 2018

Si les rois de France, à l'exception de Louis VII en 1154 ne sont pas allés à Compostelle, ils ont d'autant moins ignoré le grand sanctuaire qu'ils ont souvent épousé des princesses espagnoles.



Louis VII, le roi de France pèlerin de Compostelle

Pèlerin de Jérusalem, à l'occasion de la seconde croisade (1147-1148), Louis VII (1120-1180) fut aussi le seul roi de France à avoir accompli le pèlerinage de Compostelle. De courte durée, octobre 1154-janvier 1155, ce pèlerinage suivit de peu son second mariage, au printemps 1154, avec Constance de Castille, fille du roi Alphonse VII qui, à cette époque, se posait en héritier de Charlemagne.
Sa première épouse avait été Aliénor d'Aquitaine, fille du duc Guillaume d’Aquitaine, qui avant de mourir à Compostelle au printemps 1137, avait proposé à son suzerain, le roi de France, Louis VI, d'unir leurs héritiers. Leurs noces furent célébrées le 25 juillet 1137 dans la cathédrale Saint-André de Bordeaux, alors que Louis VII venait de succéder à son père mort en juillet 1137. Mais cette union ne survécut pas à la participation d'Aliénor à la seconde croisade et les époux se séparèrent en 1152. Quelques semaines plus tard, Aliénor épousait Henri Plantagenêt, héritier du trône d’Angleterre.
Alors pourquoi ce pèlerinage royal à Compostelle en 1154 ?  Dévotion diront les historiens, au vu d’une mention du chroniqueur Raoul de Diceto : “ Louis, roi des Français, alla par dévotion en pèlerinage à Saint-Jacques ”. Mais l’abbé du Mont-Saint-Michel, Robert de Torigni, ajoute à cela une démarche politique : “ Louis roi des Français se rendit à Saint-Jacques de Galice pour y prier et fut favorablement accueilli en Espagne par l'empereur son beau-père ”. En cette même année 1154, Aliénor devenait reine d’Angleterre par son mariage avec Henri II Plantagenêt. Louis VII devait donc se préoccuper de s’assurer des alliances contre l’Angleterre qui possédait en France Normandie, Anjou, Bretagne et Aquitaine. Les chroniques espagnoles de l’époque cachent au contraire cette démarche politique sous des ragots. Elles rapportent des calomnies circulant sur la naissance illégitime de la jeune épouse et relatent comment, à l’aller à Burgos et au retour à Tolède, Louis VII fut reçu par son beau-père avec un tel faste qu’il perdit ses “ doutes ” et repartit en disant qu’aucune cour au monde n’était aussi noble que la cour de Castille. Constance de Castille accoucha en 1156 de Marguerite de France et, le 4 octobre 1160 mourut en couches à 36 ans. Louis VII épousa en troisièmes noces Adèle de Champagne dès le 13 novembre de la même année.
 


Fondation de la chapelle des rois de France

1270, Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, avant d’embarquer pour la croisade, rédige son testament à Aimargues près d’Aigues-Mortes. Il commue son vœu d’aller à Compostelle par une fondation :
« De rechief, nous volons que en l'eglyse Saint-Jaque de Compostele soit establis uns chierges qui arde de jour et de nuiz perpetuement devant l'autel et une couppe d'argent dorée à garder le cors Nostre Seigneur »[1] .
La rente pour le cierge a été inscrite dans les comptes de la sénéchaussée de Saintonge, sous la rubrique « aumônes du comte de Poitiers » : les archives de la cathédrale de Saint-Jacques conservent, daté de janvier 1278, l'ordre de Philippe III, roi de France, de payer 20 livres tournois pour ce cierge[2] .
Béranger de Landore, (1318-1322), dominicain français nommé évêque, entre à Compostelle le dimanche 25 juillet-1330.
1321-1323 visite du comte Charles d'Anjou, oncle du roi Philippe V (1316-1322) qui finance la construction de la chapelle du Saint-Sauveur.
 1372 Charles V envoie 3 000 florins par son ambassadeur, pour organiser auprès de l’archevêque Roderic de Moscoso l’embellissement de la chapelle du Saint-Sauveur fondée par Philippe V. Trois chapelains y diront six messes quotidiennes. Il s’engage à verser 3 000 florins et une rente annuelle de 120 doublons[3] . (La cathédrale de Compostelle conserve le reçu, écrit en gallego de la somme remise le 18 février 1372[4]. La chapelle est nommée dorénavant « chapelle des rois de France », rappel de ce que l’Espagne doit à la France comme reconnaissance de son aide apportée contre les Anglais.
 
1 - Layettes du trésor des chartes, éd. E. Berger, t. IV, Paris, 1902, p. 455. Originaux : Paris, Arch. nat. K.33, n°14, en très mauvais état ; Copies Arch. nat., J. 406, n° 5. Arch. nat., J. 192, n° 57, vidimus délivré par Philippe le Bel, le 28 juillet 1311.
2 - Compostelle, arch. de la cathédrale, mazo 378, n°1
3 - Compostelle, arch. cathédrale, mazo 378, n°2
4 - Compostelle, arch. cathédrale, mazo 378, n°2

Un voeu difficile à honorer

Lorsque l'héritage d'Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, revint à la Couronne, les rois de France reprirent à leur compte l'exécution de son voeu testamentaire de 1270.
Mais c'est à partir de la nomination d'un archevêque français à Compostelle, Béranger de Landore, en 1317, que l'intérêt des rois de France se manifesta le plus concrètement. Pendant plus de deux ans, ils ont aidé Béranger à asseoir son autorité, tellement contestée que ce dernier fut d'abord obligé de résider à Noia. Peu après 1320, le roi de France Philippe V confia des subsides à son oncle Charles d'Anjou pour participer à la restauration de la chapelle du Salvador (Saint-Sauveur), fondée dès 1075 et située à la place d'honneur, juste derrière le grand autel, au centre de l'abside. 
Puis commença la guerre de Cent Ans et une alliance durable entre la France et l'Espagne, contre l'ennemi Anglais. En 1372, le roi Charles V charge Macé de Fresnes, son ambassadeur auprès de l'archevêque Roderic de Moscoso, d'organiser l'embellissement de cette chapelle du Salvador et d'y instaurer un service divin permanent. A cette fin, il finança l'entretien de trois chapelains chargés d'y célébrer six messes quotidiennes par un don de 3 000 florins et une rente annuelle de 120 doublons. La chapelle fut nommée dorénavant " chapelle des rois de France ", marque indélébile -et ostentatoire- apposée dans la cathédrale, rappel permanent de ce que l'Espagne devait à la France en reconnaissance de son aide. Cette chapelle devint le lieu d'accueil des pèlerins français, qui pouvaient s'y confesser dans leur langue.
La rente annuelle sembla versée avec plus ou moins de régularité : 20 livres en 1414, puis 80 livres en 1457 qui n'entretiennent plus que deux chapelains et les cierges du comte de Poitiers, qui brûlent dorénavant sur l'autel de cette chapelle. En 1463, Louis XI envoie sa mère, Marie d'Anjou avec pour mission (officielle) de s'assurer que les cierges brûlent effectivement ! De quelle autre mission l'a-t-il chargée ? On ne sait, mais elle part en plein hiver et meurt au retour... En 1467, ce même roi constate que les messes ne sont plus chantées, sans doute parce que la rente n'est pas versée... Il " rétablit durablement la fondation de Charles V " mais sur la base de trois messes quotidiennes au lieu de six. Durablement ? Rien n'est durable : le 18 juin 1579, le chapitre Saint-Jacques de Compostelle envoie une lettre à la Cour de France pour demander le paiement des anciennes fondations faites par les rois de France : deux chapellenies, messes et anniversaires.

 

Mais les relations franco-espagnoles n'ayant pas toujours été paisibles, le nom de " chapelle des rois de France " s'effaça peu à peu au profit du nom ancien de " chapelle du Saint-Sauveur ", qui prévaut aujourd'hui. 

 


Au XXe siècle une nouvelle vocation de la chapelle

Plusieurs associations jacquaires françaises ont renoué en 2018 avec une ancienne coutume, celle d'une messe pour la France à Compostelle à l'occasion de la fête de saint Louis.
En cours de rédaction
Denise Péricard-Méa, Août 2001/2018

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