Nouveaux regards sur Compostelle, le pèlerinage et les chemins de Saint-Jacques
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Présentation du récit de Léon de Rozmital

Denise Péricard-Méa

Le 16 juillet 1464, Louis XI et Georges de Podebrady, roi de Bohême signèrent un accord " d'amitié et de fraternité " dans le but de créer une alliance pour "repousser l'ennemi [le prince Turc] aux limites de la chrétienté". De novembre 1465 à avril 1467, Léon de Rozmital entreprit un voyage en Europe pour visiter des lieux saints et rencontrer les princes dans le but de favoriser cette alliance.



Naissance d'une publication

Couverture du livre de la Bohême à Composelle
Couverture du livre de la Bohême à Composelle

 


René de La Coste-Messelière fit entreprendre, en 1985, la première étude universitaire du voyage de Léon de Rozmital à travers l’Europe (1466-1467)[1]. Depuis longtemps son ambition était de rassembler tous les récits médiévaux de pèlerinages à Compostelle. A cette époque où il militait pour l’inscription des chemins de Compostelle comme Itinéraires Culturels Européens, ce voyage l’intéressait particulièrement. Certes l’itinéraire ne suivait pas les fameux « chemins historiques » auxquels il était particulièrement attaché mais, pour lui, ces voyageurs venus du fond de l’Europe témoignaient de l’importance du sanctuaire galicien. Beaucoup de voyageurs européens ont en effet visité ce sanctuaire et, à cette époque, sans connaissance de la totalité de leurs récits, on a eu tendance à faire de Compostelle le but exclusif de leurs voyages. En France, les deux récits du voyage de Léon de Rozmital n‘ont donné lieu jusqu’ici qu‘à des commentaires descriptifs ou des études fragmentaires de chercheurs locaux soucieux du regard que les Bohémiens avaient porté sur leur région, la plupart de ces études restant influencées par Compostelle. Aucune n’a cherché à connaître les raisons d‘un si long périple, certaines se demandant cependant si les voyageurs étaient pèlerins, militaires ou touristes, voire même diplomates. C’est pour pallier ce manque que j‘ai fait réaliser la première traduction française intégrale des deux relations du voyage de Léon de Rozmital.
En hommage à la mémoire de René de La Coste-Messelière, je les ai choisies en premier pour figurer dans la collection Autour de Compostelle dont l’initiative revient à la Fondation David Parou Saint-Jacques. J‘ai souhaité que cette collection ne se contente pas de présenter des textes jusqu’ici impossibles à consulter dans leur entier mais offre des notes abondantes, permettant de situer les lieux mentionnés et d‘identifier les personnages rencontrés par les voyageurs. Cet important travail d‘annotations n’avait jamais été réalisé dans aucune langue et contribue à l‘originalité et à la valeur de cet ouvrage. Ce travail est aujourd’hui considérablement allégé par les ressources que le chercheur peut trouver sur Internet. Cet outil moderne offre en particulier l’accès à de nombreuses cartographies et à des documents fiables et élaborés, permettant des recoupements et des vérifications rapides. Pour un seul ouvrage, le même travail réalisé en bibliothèque demanderait des années alors que quelques mois suffisent dorénavant.
Cet ouvrage ne présente pas seulement les deux récits de voyage, je leur ai adjoint un récit légèrement antérieur, celui de l’ambassade que le roi de Bohême avait envoyée en France deux ans plut tôt, en 1464, auprès du roi Louis XI ainsi que le texte du projet d’union européenne qui s’en était suivi. Seul ce projet de traité était bien connu et étudié par les milieux spécialisés. Il avait en effet été évoqué lors de la naissance de la Société des Nations, de celle de l’ONU, et réutilisé lors de l’entrée de la République Tchèque dans la communauté européenne en 2004. Le rapprochement de ces textes éclaire d’un jour nouveau le voyage de Léon de Rozmital et lui donne sa vraie dimension.
L’ouverture des échanges avec la République Tchèque a abouti à une collaboration fructueuse née un peu du hasard et grâce, encore une fois, à Internet. A la recherche des noms des conseillers de Louis XI, j’y ai trouvé le nom d’un spécialiste, Jean-François Lassalmonie. Non seulement il m’a renseignée avec une grande amabilité, mais encore il m’a mise en relation avec un jeune chercheur tchèque, Martin Nejedlỷ, professeur à l’université Charles de Prague. Ce dernier, avec ses étudiants, travaillait le même sujet. Messages multiples, deux rencontres à Paris ont abouti à la longue introduction qu’il nous a fait l’honneur de rédiger pour cet ouvrage. La valeur de cette collaboration est inestimable. Elle nous permet de dépasser la vision du spectateur extérieur que nous avons été, et nous fait entrer dans celle du pays de Léon de Rozmital. Là où nous n’avions vu qu’un document historique, nous découvrons des textes qui ont été pour toute une génération un symbole de liberté et un espoir de la construction d’une Europe ouverte. En témoigne de surcroît l’image choisie par Martin Nejedly pour la couverture de cet ouvrage. Le Baron Léon prend ainsi une dimension nouvelle. Il n’est plus le visiteur étranger, il devient un lien puissant avec un pays dont la France a si longtemps été séparée.
 

[1] Collette, Florence, Les récits du voyage en Europe du seigneur bohémien Leon de Rosmital en l’an 1466, DEA sous la direction de Bernard Guenée, Paris I Sorbonne, 1988.

L'illustration de la couverture

L’Europe, une reine dont le cœur est la Bohême (atlas de Heinrich Bünting (1545-1606) Itinerarum Sacrae Scripturae)
L’Europe, une reine dont le cœur est la Bohême (atlas de Heinrich Bünting (1545-1606) Itinerarum Sacrae Scripturae)