Institut recherche jacquaire

Institut de recherche jacquaire

Marquer symboliquement le Patrimoine jacquaire européen par des étoiles projetées de la Voie lactée.
Le faire découvrir et raconter son histoire, liée aux légendes de l'apôtre Jacques et Charlemagne.
Révéler ses liens avec Compostelle et les pèlerins
En temps de confinement des lettres pour pèleriner et lutter avec l'apôtre Jacques en découvrant des Etoiles du Patrimoine jacquaire.

Quand la lumière revient, lettre 125


Rédigé par Denise Péricard-Méa le 24 Décembre 2021 modifié le 17 Janvier 2022

Cette 125e lettre est publiée le surlendemain de Noël, en cette période où, sous nos latitudes, nous sommes nombreux à guetter les signes du rallongement imperceptible des jours.



Quand les jours rallongent

Des dictons populaires,  généralement groupés par trois, rythment ces allongements des jours. Voici ceux que j’ai toujours entendus :
A la Sainte-Luce (13 décembre)
les jours rallongent d’un saut de puce,
aux Rois d’un pas d’oie,
à la Saint-Vincent  (22 janvier) d’un pas d’éléphant
Pour Luce ou Lucie qui signifie « lumière », le calendrier en fait foi, le soleil se couche à 15h52, soit une minute plus tard que la veille. Certes, le matin, il continue à se lever de plus en plus tard, jusqu’au 6 janvier il perd encore 8 minutes mais le soir il aura gagné 10 minutes. Cette année 2021, le jour le plus court est le 21 décembre, solstice d’hiver. Tous ces jours-là, la nuit dure donc près des 2/3 des 24 heures de la journée. Pas étonnant que la lumière nous manque. 
Plusieurs sites Internet donnent une collection d’autres dictons sur ce thème, avec des prononciations qui sentent bon le terroir et parfois mettent à mal la rime.

A la Saint-Thomas (21 décembre) du pas d’un soldat ;
à la Noé (Noël) du pas d’un baudet et aussi
du saut den Grand Mé (grand-mère en Picardie)
et aussi d’un pas d’hirondelle
et aussi à la Nau (Noël) d’un pas de jo (coq) ;
à la Saint-Etienne, d’une aiguillée de laine ;
au Nouvel An du pas d’un enfant
ou d’un sergent ou d’une jument
aux Rois cela se voit et aussi est fou qui ne le connaît pas ;
à la Chandeleur (2 février) du pas d’un voleur
ou d’un bœuf et aussi d’une petite heure ;
à la Saint-Antoine (17 janvier d’un pas de moine ;
à la Saint-Blaise (3 février) comme une roue dans la glaise. 



Pour notre plus grand bonheur, Luce, Etienne et Blaise ont été conservés par le calendrier des saints de Vatican II mais saint Thomas a été relégué au 3 juillet., Antoine au 5 juillet.
Quant à savoir s’ils ont été décalés lors de l’adoption du calendrier grégorien en 1582,  je vous avoue ne pas avoir cherché.

J'ai pu par contre retrouver un conte en forme de poésie, dit parabole de Schiller. J'ai d'autant plus de plaisir à vous le faire découvrir qu'il rapporte l'expérience d'un pèlerin égaré découvrant l'énergie et le réconfort apportés par la lumière.

Un pèlerin sauvé par la lumière

Un pèlerin bavarois, originaire de Ratisbonne, revenait d’un pèlerinage en Italie en traversant la France. Il pourrait tout aussi bien revenir de Compostelle. Il a beaucoup marché, mais à la manière d’autrefois, seul sur les chemins. Il a beaucoup observé et s’est beaucoup désolé d’avoir rencontré le Mal sur son chemin… ou peut-être dans sa vie d’avant.
En marchant dans une forêt, tout à sa méditation philosophique, il n’a pas pris garde à l’orage qui s’annonçait.
Quel pèlerin n’a pas vécu une telle expérience ?

 
Sauvé in extremis par une chapelle ouverte, et en attendant la fin du déluge, il regarde autour de lui. L’ambiance est sinistre, la nuit profonde, la chapelle vide et glaciale, éclairée pourtant par 12 vitraux d’où émergeait à chaque éclair « un amas informe, noir et rouge ».

De plus en plus démoralisé, le pèlerin se demande quel fou est venu broyer là de « la suie et du sang » pour peindre l’image du monde.


Tout à coup, l’orage s’apaise et le soleil luit. Miracle ! Les vitraux sont une merveille ! Instantanément, le pèlerin retrouve son optimisme. Jaillit de lui cette phrase inspirée de l’Evangile :
« quand de la vérité luira le jour ».
Rasséréné, le pèlerin reprit sa route, ayant compris qu’après la nuit, le soleil indique de nouveau la route.

Les vitraux de la chapelle

Un pauvre pèlerin, à l’âme simple est bonne,
Avec robe de bure et bâton de tilleul,
Revenait d'Italie et de France, tout seul,
Dans son pays de Ratisbonne.
Souvent, il avait vu le vice couronné,
Près de l'innocent qu'on opprime ;
La vertu dans la honte, et l'honneur pour le crime.
Son esprit en était toujours plus étonné.
Préoccupé de ce spectacle, 
Il allait, traversant une épaisse forêt ;
De nuages massifs tout le ciel se couvrait ;
Pluie et tonnerre au loin.... et pas un habitacle !
Lorsque, hâtant ses pas, du voyage alourdis,
Il aperçut soudain une chapelle ouverte,
De lierre en dehors toute verte ;
Il s'y réfugia comme en un paradis

Quand la lumière revient, lettre 125

Il se trouva bientôt dans une nuit profonde,
Tant l'orage s'était grossi
Les piliers étaient nus, les murailles aussi ;
Aucun art ne germait de la pierre inféconde.
Et les fenêtres, par moment,
Dans cette enceinte, ou rien ne reluit et ne bouge,
Présentaient un amas informe, noir et rouge,
Sur les anciens vitraux, versé confusément.
« Quel triste aspect me vient par ces douze ouvertures ! »
Se dit le pèlerin, qui vainement songeait
A démêler quel saint ou profane sujet
Avait inspiré ces peintures.
« Peut-être quelque fou vint broyer en ce lieu
La suie avec le sang, pour peindre cet ensemble
Monstrueux, ce chaos qui semble
Une image du monde où nous a jetés Dieu.
Le pèlerin à peine achevait cette phrase,
Quand le soleil se dégageant
Des nuages, poussés par un souffle changeant,
Frappe sur les vitraux que son retour embrase.

Alors, d'harmonieux tableaux
Surgissent de leur ombre ; une peinture exquise
S'anime à la clarté, tout à coup reconquise ;
Tel l'univers créé sortit jadis des flots.


Quand la lumière revient, lettre 125

Le pauvre pèlerin fut éclairé de même ;
Au fond de son coeur s'élevait une voix :
« Oui, ce spectacle que tu vois
Des tableaux de la vie est un fidèle emblème !
Quand de la vérité luira le jour....
Alors, tout ce que tu croyais sans but, sans harmonie,
T’apparaîtra, splendeur, ordre et grâce infinie, 
Comme ces transparents trésors. 
Prie et crois à la providence.
Dieu, jaloux de son œuvre, au plan mystérieux,
Nous voile, pour un temps, l'éternelle évidence. 
Mais il a fait tout pour le mieux ».


Romantique à souhait, ce joli conte moral est tiré du Musée des familles de 1859 (p.34-35). 
L’auteur de cette allégorie est Emile Deschamps (1791-1871), auteur de comédies, livrets d'opéras, nouvelles. Il fut l'un des premiers représentants du mouvement romantique et fut l'un des fondateurs en 1824 de La Muse française avec Victor Hugo. Rédacteur à la Revue des Deux Mondes, il écrivit parfois sous le pseudonyme du « Jeune moraliste ».
Il est aujourd’hui bien oublié. Bourges, où il est né, a donné son nom à une rue dans un quartier légèrement excentré construit sans doute au XIXe siècle mais il est à parier que rares sont les Berruyers qui mettent un visage sur ce nom. 





Fondé en 1833 par Émile Girardin, le Musée des Familles fut un périodique à bas prix, sous-titré Lectures du soir. Il avait pour ambition d’être un « Louvre populaire » accessible aux familles modestes, peu cultivées, sensibles déjà davantage aux images qu’aux textes. Malgré tout, de grands auteurs ont signé des articles, Balzac, Alexandre Dumas. Théophile Gautier, Lamartine, Victor Hugo, Jules Verne et bien d'autres. Daumier figure parmi les nombreux illustrateurs.

Chers lecteurs,
avec mes voeux très chaleureux
pour 2022, recevez ceux de toute l'équipe de l'Institut de recherche jacquaire, pèlerins et chercheurs.