Nouveaux regards sur Compostelle, le pèlerinage et les chemins de Saint-Jacques
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Théâtralisation du pèlerinage, les Pas d'armes, étape n° 33

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Les Pas d'armes successeurs des tournois du XIIe siècle

L'image habituelle d'un tournoi est celle d'un affrontement entre deux adversaires dans un espace clos. Il n'en était pas de même au XIIe siècle. Les tournois opposaient des foules d'adversaires dans des espaces infinis. Le danger, la densification de l’habitat et des cultures avaient eu raison de ces usages.

Entre 1400 et 1450 la chevalerie renouvela la pratique des tournois de ses ancêtres
Pour renouer avec cet esprit de liberté et d’espace, elle fit du tournoi une fiction mi-théâtrale, mi-sportive sur le thème des romans arthuriens et de la poésie courtoise, où se mêlent l’Amour courtois et la quête du Graal.

Le fil de l’histoire est toujours le même, un jeune chevalier porte une « empreinte du bracelet de Vénus, donnée par sa dame » qu’il s’engage à porter pendant plusieurs années, voire jusqu’à la fin de son amour. Pour s’en défaire, il s’inspire du thème mythique du passage à franchir ou à défendre, d’où le nom de Pas d’armes, né en Castille vers 1430.

Ces Pas se sont joués dans toute l’Europe, selon des thèmes différents (Pas de l’Arbre Charlemagne, de la « Fontaine aux Pleurs », etc.). Ils se déroulaient sur plusieurs jours devant de nombreux spectateurs, dans des lieux aménagés et décorés pour la circonstance, avec pavillons, chapelles, hôpitaux pour soigner les blessés…

Pas d'Armes de la Fontaine aux fleurs
Pas d'Armes de la Fontaine aux fleurs

Une scène exceptionnelle

Les chemins de Compostelle devinrent une scène de rêve. Ils offraient l’unité de lieu, la route. L'unité de temps, fixée sur la durée du pèlerinage, permettait des combats successifs. Et la chevalerie gardait l'image de Charlemagne  parcourant ces chemins l'épée à la main.
 
Le thème de Compostelle  offrait deux possibilités au chevalier :
- soit prendre le chemin de Compostelle et défier les chevaliers postés, au passage de leur choix, sur son chemin 
- soit se poster lui-même sur un passage périlleux proche de son château et défier tous les chevaliers  en chemin vers Compostelle.

Jean de Werchin

Jean de Werchin et son cortège amoureux
Jean de Werchin et son cortège amoureux
La mode semble lancée en 1402 par Jean de Werchin, un chevalier renommé pour ses prouesses guerrières. Il choisit la route de Compostelle comme lieu où se dérouleront les « Armes » qu’il souhaite « faire en l’honneur de sa dame ». Il part de Coucy, dans l’Aisne, après avoir envoyé des invitations « aux chevaliers de tous les pays qu’il doit traverser ». Il y énonce les règles du jeu.
« Me partirai pour aller à monseigneur saint Jacques en Galice [par] le droit chemin qui passe par le royaume de France, Bordeaux, le comté de Foix, les royaumes de Navarre puis de Castille, Compostelle puis au retour Portugal, Valence, Aragon, Catalogne, Avignon » .
Impossible de s’écarter de plus de vingt lieues ou de reculer. Des obstacles à franchir doivent être dressés par des « gentilhommes » qu’il doit combattre avant de continuer. On sait seulement qu’il a livré combat sept fois sur sa route, sans plus de détails.

 

Jehan de Saintré

Pas d'armes de Jehan de Saintré
Pas d'armes de Jehan de Saintré

Une œuvre littéraire, inspirée de faits plus ou moins réels, L’histoire du petit Jehan de Saintré présente le passage à la Cour de France d’un chevalier polonais, accompagné de quatre nobles barons. Il accomplit ses armes sur le chemin de Saint-Jacques pour « acquérir honneur, et la très désirée grâce de sa dame » pour l’amour de laquelle il s’était engagé à porter pendant cinq ans une emprise faite de « deux cercles d'or, l'un au-dessus du coude gauche, et l'autre au-dessus du coup de pied, reliés par une longue chaîne d'or ». Là, le chevalier est battu et, après cinq jours de fête, il reprend la route pour « faire son voyage à saint Jacques ».


Louis de Luxembourg

Louis de Luxembourg, portrait du XIXe siècle
Louis de Luxembourg, portrait du XIXe siècle

Un autre chevalier, le très noble Louis de Luxembourg qui fut connétable de France en 1465 puis décapité pour trahison en 1475 (il avait joué double jeu entre Louis XI et le duc de Bourgogne) est lui-même parti de cette manière pour Compostelle vers 1450.  Ce fut un échec, mais dans l’honneur

« Il porta emprise par un an entier avec l’intention d’avoir à combattre tous ceux qui le voudraient. Il en fit le voyage à Saint-Jacques en pompeux état, mais il n’a pas réussi dans ses intentions et retourna sans avoir été délivré ».


Un pont bien connu des pèlerins

Le Camino francés passe sur le pont où eut lieu le Pas d'armes le plus célèbre sur la scène de Compostelle, lors de l’Année Sainte 1434.
Je vous raconterai demain.
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Apports de l'étape au projet Etoiles du Patrimoine Saint-Jacques


Etoiles :
Seuls les personnages cités  peuvent être porteurs d'Etoiles du Patrimoine Saint-Jacques.
Constellations :
La théâtralisation du Chemin est un thème méritant une étude, amorcée dans le livre Compostelle 813-2013, 1200 ans de pèlerinage, éd. Sutton, Tours, 2013.
Une recherche des éventuels Pas d'armes en relation avec Compostelle dans d'autres pays enrichira la Constellation Pas d'armes.