Nouveaux regards sur Compostelle, le pèlerinage et les chemins de Saint-Jacques
Une recherche vivante, une attention permanente

Pèlerins et chercheurs


Association de chercheurs bénévoles et indépendants, professionnels et amateurs, la Fondation David Parou Saint-Jacques renouvelle la vision de Compostelle et des cultes à saint Jacques

 
 
La Fondation est née en 2000 de la volonté de faire coopérer des chercheurs de toutes disciplines et de toutes origines. Elle a été constituée en association selon la loi de 1901 en 2002 avec la double dénomination :
Fondation David Parou Saint-Jacques,
Fondation Européenne pour la recherche sur les pèlerinages et l'acronyme FERPEL.
L'Institut Européen des Itinéraires Culturels en a été membre fondateur. En 2003, elle a réalisé les pages relatives à Compostelle de son site Internet.
 
Elle souhaite :
• renouveler la connaissance des cultes et pratiques du pèlerinage en Europe du Moyen Age à nos jours
• contribuer à faire mieux connaître, sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine jacquaire

Elle offre ses services à tous les organismes, politiques, culturels, touristiques qui ont besoin d'informations actualisées et fiables. Elle apporte son concours aux étudiants de tous niveaux dont les recherches "croisent" saint Jacques et coopère avec des enseignants et chercheurs pour partager des résultats de recherche.
 
La Fondation représente au début de 2011 un réseau d'une soixantaine de chercheurs et d'un millier de sympathisants.
Ses sites Internet reçoivent plus de 1000 visiteurs par jour.
Elle est ouverte à toute personne physique ou morale intéressée par ses activités.


Le mariage de saint Jacques et de la coquille lettre n° 122

Très inhabituellement, l'actualité politique interfère avec le choix du thème de cette lettre. Le poids des intérêts politiques dans l'histoire du pèlerinage de Compostelle est bien connu. Mais c'est le Brexit qui conduit aujourd'hui à parler de coquilles avec le conflit entre Paris et Londres pour la pêche à la coquille Saint-Jacques.

Comment éviter des questions sur l'origine de la dénomination de ces coquilles et sur les différents types de coquilles ? Selon un ouvrage du XVIe siècle elles « volettent en faisant un son ». Et bien ce chant de la coquille un reportage de RTL vous permettra de l'entendre en fin de cet article. N'a-t-il pas une certaine parenté avec le souffle du pèlerin épuisé ?


« Pourquoi la coquille s’appelle-t-elle Saint-Jacques ? »

Le 10 octobre 2021, sur 76Actu.fr, à l’occasion de l’ouverture de la pêche à la coquille Saint-Jacques à Port-en-Bessin, la journaliste Murielle Bouchard posait la question1 :
« D’où vient l’appellation Saint-Jacques pour les coquilles ? »
Cette question, elle la pose à un pêcheur, mais pas n’importe lequel, Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie. Lequel, dit-elle, se pose en souriant en « spécialiste de la question ! » Elle ajoute :

« Il faut dire que Dimitri Rogoff a travaillé sur cette appellation Saint-Jacques avec Denise Péricard, qui « un jour est venue me voir en me présentant son sujet de thèse sur Saint-Jacques-de-Compostelle, et évidemment figurait dedans la question de la coquille ». 

Quel joli souvenir refait surface, vieux déjà de plus de 25 ans ! Effectivement, même si nous ne nous sommes rencontrés que par Internet, nous avons travaillé cette question, toute nouvelle pour moi. Je venais de découvrir que la dénomination espagnole du Pecten maximus n’avait rien de « jacquaire », si l’on en croit le Livre I du Codex calixtinus, référence incontournable en la matière :

« Il y a dans la mer de Saint-Jacques des poissons communément appelés vieiras qui ont sur deux côtés des protections en forme de coquilles, entre lesquelles se cache un poisson analogue à l’huître ».
Et c’est ce que confirme un dictionnaire moderne : en Espagne, venera est la coquille qui abrite la noix, laquelle est appelée vieira.

Une coquille Saint-Jacques. (©VL/ 76actu)

Le Codex calixtinus et la coquille

Au XIIe siècle, lors du grand « lancement » de Compostelle, il s’agissait de s’aligner sur Jérusalem sans pour autant le copier : saint Jacques n’a jamais eu pour vocation de supplanter Jésus. Jérusalem était la cité céleste, Compostelle serait le paradis sur terre. Jérusalem avait la palme, Compostelle aurait la coquille. C’est écrit en toutes lettres dans un long « sermon du pape Calixte », chapitre XVII du Livre I :

« Les pèlerins les fixent à leurs capes au retour du tombeau de saint Jacques, en l’honneur de l’apôtre, comme en son souvenir, et les rapportent avec grande joie chez eux en signe de leur long périple []

Si la palme du martyre promettait une place au ciel, la coquille, symbole à la fois de renaissance et de fécondité, obligeait à mener une vie exemplaire sur cette basse terre :  

« De même que le pèlerin porte la coquille tant qu’il est sur le chemin de l’apôtre, de même il doit dans le cours de la présente vie persévérer dans les bonnes œuvres jusqu’à [sa fin dernière] []

S’il a été voleur ou filou, qu’il devienne dispensateur d’aumônes ; s’il a été prodigue qu’il devienne modéré ; s’il a été avare qu’il devienne généreux ; s’il a été fornicateur ou adultère qu’il devienne chaste ; s’il a été alcoolique qu’il devienne sobre et, de même, qu’il se retienne à l’avenir de tout ce qui lui a valu précédemment d’être accusé ».

Ce sermon rend compte de la différence avec le bourdon et la besace, qui sont bénis avant le départ. Elle n’est pas une aide sur le chemin, mais un rappel constant du devoir de l’ancien pèlerin de pratiquer les bonnes oeuvres tout au long de sa vie. Ces bonnes œuvres, rappelons-le, sont énumérées dans les sept œuvres de miséricorde, résumées au XIIe siècle par la formule mnémotechnique « je visite, j'abreuve, je nourris, je rachète, je vêts, je panse, j'ensevelis », dont quatre sont peintes sur ce tableau de Valenciennes2.  

La coquille était déjà un symbole depuis très longtemps, depuis l’Antiquité, symbole de renaissance, de régénération. On en trouvait dans les tombes bien avant la mise en route du culte à saint Jacques à Compostelle. Mais c’est un fait, cette coquille devient symbole de pèlerinage. Un symbole pratique pour les imagiers qui en usent abondamment pour marquer un saint pèlerin : saint Jacques mais aussi saint Roch, saint Sebald, saint Alexis, etc.

Mais alors, de quand date l’expression « coquille Saint-Jacques » ?

Il faudrait reprendre chacun des auteurs qui, depuis Aristote, ont tenté d’établir des classifications scientifiques des espèces animales (Vincent de Beauvais et Albert Legrand au XIIIe siècle) pour voir si le terme « coquille Saint-Jacques » est employé. C’est peu probable !
Au XIIe siècle, le Codex est le premier à affirmer que, pour les Galiciens, ces « poissons » se nomment vieiras, et que « les Provençaux les nomment nidulas et les Français crousilles »
Ensuite, le mot « coquille » est si bien associé au mot « pèlerin » qu’il est employé sans qualificatif dans des expressions du langage courant. Mais plusieurs dictionnaires d’ancien français ne le définissent même pas dans ce sens, certains allant jusqu’à omettre ce mot. 
Une certitude, il n’est en aucun cas associé à saint Jacques.

Quant au mollusque lui-même, le Pecten maximus (le très grand peigne) défini par Linné au XVIIIe siècle, il est désigné par tant de termes vernaculaires qu’il est difficile de le trouver dans un dictionnaire. Au XIVe siècle, le poète Guillaume de Machaut3, dans le Voir dit (1363-1365), lorsqu’il présente le cyclope Polyphème en amoureux transi exhalant son amour pour la nymphe marine Galatée, compare sa beauté à celle « de quoquilles qui sont en mer »

Les fiançailles de saint Jacques et de la coquille

Le Dictionnaire du Moyen français (1330-1500) indique deux citations ; la première, datée des années 1392-1394 est tirée du Ménagier de Paris, un livre d’économie domestique à l’usage des femmes de la bourgeoisie

« ...et leur dist qu'ilz alassent querre leur seur […]en Avignon, et qu'elle feust vestue de housse et chargie de coquilles a l'usage de pelerins venans de Saint Jaques, et montee souffisamment »

Ménagier détail Fr 12477 art.VIII.

Denise Péricard-Méa
03/11/2021